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La Femme en Ethiopie [06-2000]


Femme éhiopienne Voici deux ans que l'Ethiopie est en guerre avec son pays frontalier du Nord, l'Erythrée. Deux années qui ont accentué le gouffre alimentaire sans fond dans lequel

" la corne de l'Afrique " tombe depuis près d'un tiers de siècle…

Ce conflit vient s'ajouter à la guerre civile qui oppose les groupes armés, fronts de libération multiples, au gouvernement du Premier Ministre Meles Zenawi. La situation économique et politique de l'Ethiopie est en pleine crise, piégée entre les feux croisés des deux guerres et de la famine. Dans ce contexte, la condition des femmes éthiopiennes est des plus catastrophique. Même si le gouvernement semble se préoccuper de leur sort, la réalité des combats, de la famine, des conditions sanitaires désastreuses nous laisse incrédules sur les priorités véritables des dirigeants de ce pays déchiré.

Ainsi, la persistance de pratiques traditionnelles est à l'origine de drames humains constant qui, même si elles suscitent la désapprobation de la majorité de la population éthiopienne, continuent d'être exercées à une fréquence élevée. L'Ethiopie fait partie des pays qui pratiquent la mutilation génitale féminine de manière intensive : dès l'âge de sept jours, le bébé est incisé. Certaines mutilations sont pratiquées plus tard, lorsque la fille est âgée de 8 à 10 ans. Il est fréquent alors que l'une d'entre elles meurt des suites d'une hémorragie ou d'une infection.

En outre, plusieurs fois par mois et en divers endroits du pays, touchant diverses tribus, des groupes de filles âgées de 13 à 16 ans se suicident pour échapper aux mariages forcés. A chaque fois, le groupe réuni une dizaine de jeunes filles désespérées qui préfèrent se donner la mort plutôt que de se marier avec un cousin de 60 à 70 ans leur aîné. La création d'un comité national sur les pratiques traditionnelles, qui mène des campagnes d'information et de sensibilisation sur toutes les formes de pratiques traditionnelles préjudiciables à la santé et à l'intégrité des femmes, arrive comme une bouffée d'air pur dans un univers étouffant de cruauté.

Oui, car les pratiques qui portent atteinte à l'intégrité physique et psychique des femmes ne s'arrêtent pas là ! Les lois sont inexistantes lorsqu'il s'agit de traiter de la criminalité dirigée contre les femmes à travers la violence familiale ou dans les actes d'agression banalisés : les viols maritaux ou collectifs restent impunis et sous-considérés par les lois. Il arrive également que des filles soient enlevées dans la rue sans que plus jamais l'on puisse les retrouver.

Le gouvernement n'est pas en mesure de fournir les statistiques nécessaires pour permettre aux différentes organisations de commencer un travail d'information à grande échelle à travers le pays.

Une fois de plus, les femmes éthiopiennes portent, elles aussi, le lourd fardeau de l'inconscience humaine nourrie par les attraits du pouvoir et de la domination des hommes sur les hommes. Alors que l'Ethiopie est considéré par certains comme le berceau géographique et spirituel de l'humanité, il serait urgent de donner, à celle qui participe à la faire grandir, la reconnaissance et le respect qui leur revient… de droit.


Thierry Contact

Source : Amnesty, ONU, US Dept
Photo : corbis.com
 



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