| La Femme en Suisse [05-2000] |
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La Suisse est reconnue à travers le monde entier comme un paradis
fiscal pour les investisseurs étrangers. La condition de la
femme bénéficie-t-elle de la même reconnaissance ?
Si la Suisse fait office de précurseur dans le domaine financier, dont les procédures sont toutefois remises en question depuis quelques années, elle accuse, en contrepartie, un certain retard en matière de droits sociaux et en particulier du droit des femmes. En effet, certaines personnes officiant dans les affaires sociales du pays avouent un retard d'au moins 15 ans en matière de considération de la violence conjugale par rapport aux autres pays européens.
Une enquête, effectuée en 1997, a révélé l'ampleur du problème. Un peu comme si la Suisse se réveillait, étonnée de constater qu'il y a des femmes battues et négligées sur son territoire ! Et pourtant, telle est la réalité vécue par bon nombre d'entre elles, une réalité qui traverse les clivages sociaux. Ce type de violence peut prendre les formes multiples de l'agression verbale, physique, psychique ou sexuelle. L'agresseur est bien souvent connu de la victime puisqu'il s'agit la plupart du temps de son mari ou de son compagnon. Le moment le plus critique qui peut signer le début d'une attitude agressive de la part du conjoint est la période de grossesse.
Si nous analysons de plus près les causes qui pourraient faciliter et générer ce type de comportement à l'égard des femmes, nous ne pouvons qu'en déduire une sorte de négligence sociale. En effet, les suisses sont étonnés d'apprendre qu'il y a un important pourcentage de femmes battues dans leur pays !
Pourtant, le fait que le parlement ne reconnaisse pas le droit à l'assurance-maternité, que la réforme du régime social n'entraîne pas de prise en charge évidente de la condition de la femme, que les services de santé gérés par des sociétés privées entraînent des coûts élevés de soins et défavorisent cruellement les femmes de milieux moins aisés, contribue à répandre un état d'esprit irresponsable face à la violence et tend à légitimer un comportement discriminatoire.
De plus, le syndrome de la femme enceinte atteint même le milieu du travail où celle-ci est rarement bien perçue. Heureusement, certaines lois sociales liées au travail garantissent sa protection. Cependant, beaucoup de femmes sont poussées à cacher leur grossesse le plus longtemps possible par crainte des brimades ou des menaces de licenciement.
Bien évidemment, ces révélations font un peu l'effet d'un pavé jeté dans la marre, jusqu'à présent bien calme, d'un pays passé maître dans l'attitude de neutralité. Force est de constater que cet état neutre, un peu refermé sur lui-même de par cette même politique favorisant notamment l'intérêt financier, a dû conditionner une forme de négligence au niveau de certaines implications sociales fondamentales. La neutralité à trop long terme peut favoriser la régression sans que l'on s'en aperçoive…
Espérons que l'avènement du troisième millénaire apportera à la Suisse une nouvelle renommée : celle du paradis des femmes aussi bien riches que pauvres.
Thierry
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Source : ONU, US Dept, www.prevention.ch
Photo : corbis.com
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