| La
Femme en Irak [03-2000] |
|
Deux guerres particulièrement dévastatrices ont plongé l'Irak
dans une déroute sociale et économique. Entre les séquelles
laissées par les affrontements militaires avec l'Iran et les
sanctions imposées à l'Irak dans le contexte de la guerre du
Golf, les droits des femmes ont été relégués " naturellement
" au second plan…
Les civils irakiens tentent de survivre, coincés entre la folie
mégalomane de leur chef d'Etat, Saddam Hussein, l'embargo maintenu
depuis plus de 10 ans par l'ONU et les frappes aériennes conjointes,
américano-britanniques, qui ont coûté la vie à des milliers
de civils, hommes, femmes et enfants confondus. Pourtant, dans
ce chaos humain, où les exécutions capitales participent à augmenter
par dizaines le nombre des victimes de ce régime militaire sanguinaire,
émerge l'adoption de plusieurs lois visant à promouvoir la participation
des femmes au développement national, à établir des droits égaux
dans les domaines de l'éducation, de la santé et de l'emploi,
ou encore, à leur assurer protection contre l'exploitation sexuelle
et le harcèlement sexuel dans les lieux de travail. Rêve ou
réalité ? Manœuvre destinée à endormir les observateurs des
droits humains ou réelle volonté de mieux considérer les anciennes
et futures mères rebâtisseuses d'un pays en ruine ? Difficile
à croire lorsque le taux d'analphabétisme, particulièrement
chez les femmes, est en forte croissance, lorsque nous ne pouvons
établir avec certitude les réelles possibilités d'accès à l'éducation…
Ne nous y trompons pas, la discrimination à l'égard des femmes
est bien présente et touche tous les domaines habituels d'une
société à forte domination patriarcale. Dans leurs droits fondamentaux
et dans la pratique, les femmes irakiennes sont bafouées.
Discriminées dans leur liberté de circulation, dans leurs droits
familiaux, dans l'égalité des salaires, dans leur droit à l'éducation,
elles n'ont aucun recours juridique à leur disposition. Ainsi,
il y a des disparités évidentes entre les filles et les garçons
pour ce qui est de la fréquentation scolaire. En outre, dans
ce contexte économique et social alarmant, la violence familiale
fait de plus en plus de victimes face à une législation incapable
d'interdire les châtiments corporels, les sévices, y compris
sexuels, à l'intérieur et en dehors du cercle familial. Cela
implique directement qu'un homme qui tue un membre féminin de
sa famille peut recevoir l'immunité de la part de la justice
grâce à une loi votée en 1990 !
D'autres cas de viols en captivité, perpétrés par des agents
de la sécurité ou par des autorités militaires, ont été rapportés.
Cependant, le gouvernement a toujours nié ces faits et n'a pas
pris en compte les rapports qui ont révélé ces abus. Aucune
enquête ni aucune poursuite n'a donc été engagée pour retrouver
les auteurs de ces viols.
Figé par un embargo meurtrier tout autant que par les ambitions
destructrices de son président, l'Irak n'a plus grand chose
à offrir aux femmes qui maintiennent et continuent, pourtant,
à donner la vie dans un pays dévasté par tant d'années de guerre
et d'atteintes aux droits humains. Le bras de fer ridicule qui
dure depuis plus de 10 ans entre Saddam Hussein et les chefs
d'Etats anglais et américains va sans doute faire encore des
victimes au sein d'une population trahie, plus directement chez
les femmes. Un espoir était contenu, pourtant, dans l'esprit
progressiste du Parti Baas. En effet, il était partisan de l'émancipation
féminine et avait développé une politique visant à enrayer la
polygamie. La femme avait le droit de vote, disposait de son
propre passeport ainsi que des droits égaux en matière de succession.
Aujourd'hui, les esprits ont régressé : tout reste à refaire…
et on se prend à rêver !
Thierry
 |
|
Source : ONU, US Dept
Photo : abcnews.com
|
|
|