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La Femme en Algérie [Mise à jour 05-2001]


Femme algérienne Le conflit politique endémique qui secoue l'Algérie depuis presque dix ans, a plongé tout le pays dans un climat de violence sans précédent à travers lequel les différents groupes armés perpétuent massacres et violations en toute impunité. Après ces années de ce que certains révèlent aujourd'hui être "une guerre de manipulation politique", l'Algérie dévoile peu à peu son véritable visage à travers le profil de ses dirigeants et des groupes armés opposés au régime en place.

Les élections d'avril 1999 avaient nommé Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la république algérienne dans l'espoir de faire cesser dans un premier temps les tueries et, en second lieu, de donner un nouveau souffle réconciliateur au paysage politique, social et économique du pays. Du reste, les mois qui suivirent les élections ont tenu quelque peu leurs promesses concernant la réduction des homicides perpétrés sur le territoire. Mais ne nous y trompons pas, celui qui bâtit sa maison sur une fosse commune la verra bientôt hantée par les démons de la mort ! Le coup d'état militaire de 1992 qui était à l'origine de cette guerre intestine de pouvoir et qui avait évincé de la scène politique le parti politique du FIS, jugé trop intégriste, ne pouvait qu'engendrer des "enfants" miliciens. Ce que le FIS n'avait pu obtenir démocratiquement, l'AIS (Armée Islamique du Salut) allait essayer de s'en emparer par la force. De même, ce que les gouvernements corrompus successifs n'avaient pu établir en se jouant de la démocratie, ils allaient l'imposer également par la répression militaire. Ainsi, la récession apparente de la violence post-élective ne pouvait que préparer d'autres abus tous aussi meurtriers compte tenu du manque de transparence qu'affichait le gouvernement du nouveau président en matière de justice et de pouvoir.

Dans cette conjoncture militaro-démocratique où les violations se multiplient, les femmes organisent régulièrement des manifestations dans les rues d'Alger ou de Tizi-Ouzou afin de faire entendre leurs voix et leurs idéaux, réclamant une nouvelle vie, de nouveaux droits. Depuis cinq ans environ, des mesures sont proposées aux différents gouvernements dans le but d'améliorer la condition des femmes au regard des lois et des coutumes cimentées par "le code de la famille" inspiré de la Charia. Diverses ONG se sont engagées dans l'élaboration de projets d'amendement relatifs à ce Code qui est reconnu comme fondamentalement discriminatoire à l'égard des femmes. Des réunions et des campagnes de sensibilisation de l'opinion publique ont amené quelques assouplissements à des niveaux divers de la vie sociale et économique des femmes. Ainsi, parmi les améliorations qu'il faut relever, il y a la suppression du vote par procuration qui autorisait le mari à voter à la place de sa femme. Mais aussi, le remaniement de l'ensemble de la magistrature, en novembre 1999, qui a garanti, depuis, une participation significative des femmes dans ce domaine de la vie judiciaire. De même, les avances spécifiques en matière d'accès à l'éducation et d'accès aux soins de santé sont devenues prioritaires dans les programmes sanitaires du pays.

Malheureusement, et faut-il le rappeler, la situation dramatique de l'Algérie annihile considérablement les initiatives positives entreprises par ailleurs. Des aspects partiaux de la constitution perpétuent une subordination de la femme en regard de son environnement familial et public. Des réserves sont toujours en vigueur en ce qui concerne certaines dispositions de la Convention pour l'Elimination de toutes formes de Discrimination à l'Egard des Femmes (CEDEF). Ainsi, la femme n'a pas de droits égaux à ceux de l'homme en matière de transmission de la nationalité attribuée à leurs enfants. L'état ne reconnaît pas à la femme le droit de circuler librement et de choisir son domicile. Il lui retire le droit, également, de contracter un mariage, de choisir son époux par son plein consentement, de décider des orientations de la vie familiale incluant celle des enfants, de gérer, d'administrer les biens familiaux et d'en disposer à égalité avec les hommes. Il n'existe, d'autre part, aucun texte législatif qui protège les femmes victimes de violence domestique, incluant le viol marital. Celles qui sont battues doivent faire établir un certificat médical spécifiant la nature de leurs blessures pour que leur plainte puisse être recevable par la police ou par la justice. La pression sociale est telle que les poursuites devant les tribunaux pour cause de mauvais traitements sont souvent abandonnées par les femmes qui en ont été victimes.

La situation de guerre civile aggrave cette propension naturelle à la discrimination et à la violence perpétrée contre les femmes. De milliers de cas d'enlèvements, suivis de viols et de servitude sexuelle ont été rapportés durant toutes ces années sombres où les massacres se sont succédés, faisant des milliers de martyres parmi la population. Les enjeux politiques nationaux et internationaux qui ont servi de détonateur à cette avalanche de cruauté sont encore flous. Nul doute que ceux-ci paraissaient suffisamment prioritaires aux yeux des dirigeants, face au respect de ces milliers de vies humaines, qu'ils n'ont pas hésité à sacrifier au nom du sacro-saint "pouvoir sans partage".

Tout dans le système politique algérien est belliqueux. La préoccupation de la condition des femmes, les maigres avancées en matière de lutte contre la discrimination traditionnelle, non concrétisées pour beaucoup, semblent n'être que des écrans de fumée destinés à masquer difficilement la maladie profonde d'un peuple qui perd jour après jour son identité. Si bien que dans quelques années, si le drame algérien continue de se jouer à huis clos avec l'aval d'une communauté internationale devenue trop complaisante, lorsque l'on demandera à une fille qui aura pu échapper à la désolation le nom de son pays, elle répondra dans un sanglot : l'Algésie !


Thierry Contact

Source : US Dept 2000, BBC News, ONU, Human Rights Watch
Photo : corbis.com
 


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