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La Femme en Indonésie
[MAJ 05-2001] |
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Géographiquement parlant, l'Indonésie compte cinq grandes îles
ou parties : Sumatra à l'ouest, Kalimanta et Sulawesi au nord,
Java et Timor au sud et Irian Jaya à l'est. Au total, quelques
17 500 îles forment l'archipel indonésien. Si toutes ne sont
pas habitées, celles qui accueillent sur leur sol la société
humaine sont le théâtre de conflits incessants qui font des
millions de victimes depuis plus de 30 ans.
Pourtant, après des siècles de colonisations et d'invasions
durant lesquelles les hindous, les bouddhistes, les musulmans,
les Portugais et les Hollandais se sont disputés ou partagés
les terres, l'indépendance de l'Indonésie était proclamée en
1945 par le président Sukarno qui édifiera la République indonésienne.
20 ans plus tard, le coup d'état du général Suharto plongera
l'Indonésie dans la terreur anticommuniste et une dictature
militaire corrompue à l'extrême qui anéantira l'économie et
le système politique du pays. En 1998, le général est toutefois
contraint de démissionner au profit de Yusuf Habibie qui restera
président jusqu'au 20 octobre 1999, date à laquelle il sera
remplacé par Abdhuramma Wahid. Ce dernier nommera, sous la pression
du vote de la population, Megawati Soekarnoputri, fille de l'ancien
président Sukarno, à la vice-présidence. En effet, Abdhuramma
Wahid avait été élu de justesse grâce à l'appui parlementaire
des partis musulmans qui ne souhaitaient pas voir une femme
élue à la tête du pays.
Ce petit tour d'horizon de l'histoire politique indonésienne
montre à quel point le sort du pays et de ses habitants a trop
longtemps été placé entre les mains d'êtres assoiffés de pouvoir
et ne reculant devant rien pour parvenir à leur fin. Les trois
dernières années, marquées par quelques avancées démocratiques
mais surtout par les multiples conflits opposant l'armée indonésienne,
à l'influence politique considérable et assistée des milices
anti-indépendantistes, aux factions armées combattant pour l'indépendance
du Timor oriental, ont fait des milliers de victimes dans la
population. Ce climat de violence folle et désordonnée aura
favorisé également l'émergence d'autres conflits meurtriers
entre chrétiens et musulmans causant plusieurs milliers de morts.
Et, lorsque nous parlons de guerre, civile de surcroît, nous
sommes parfaitement conscients du sort particulier qui est réservé
aux femmes en de telles circonstances. Faut-il les rappeler
? Les viols collectifs et nombreux comme moyen d'intimidation
dans le but d'affaiblir psychologiquement et mentalement des
êtres (hommes et femmes compris) susceptibles de s'opposer à
l'oppresseur. Les tortures physiques destinées à créer un handicap
qui garantissent la docilité des insurgées potentielles. Les
pressions qui font suite à ces exactions et qui assurent l'impunité
aux criminels.
Bref, toute une mécanique de la terreur et de la violence bien
huilée qui recueille de tragiques succès au détriment des vies
humaines qui paieront un lourd tribu à la corruption, la vanité
et aux intérêts internationaux. Si l'on ajoute à tout cela un
système judiciaire encore incompétent, lui-même corrompu, complaisant
avec le pouvoir et l'armée, une constitution parsemée d'entropies
en matière de droits humains et d'égalité entre hommes et femmes
et disons le, très indulgente avec les différentes formes de
discriminations que subissent les Indonésiennes des grandes
villes et des minorités ethniques, le pays donne l'image évidente
d'être humainement disloqué.
En effet, sur le papier, les femmes disposent des mêmes droits
que les hommes. Cependant, et pour prendre un exemple, une directive
adoptée il y a plus de 20 ans stipule qu'une femme peut participer
au développement de la nation uniquement si cela ne rentre pas
en conflit avec son rôle de " femme au foyer ". De même, une
loi sur le mariage établit que l'homme est le chef de famille
et que la femme doit le considérer comme tel pour elle-même
et pour ses enfants. Une autre loi relative encore au mariage
donne le droit à l'homme de " posséder " plusieurs femmes si
ses revenus le lui permettent. La permission de la première
femme est cependant requise mais celle-ci ne s'oppose jamais,
ou pratiquement, à son mari compte tenu de la forte pression
patriarcale. Les violences domestiques et les viols maritaux
sont en augmentation à cause de la crise politique et économique
du pays mais, malheureusement, ne trouvent toujours pas d'écho
dans un système judiciaire inique et non spécifique. La violence
domestique est considérée comme une affaire privée dans laquelle
la police n'a pas à s'immiscer. De plus, le viol marital n'étant
pas considéré comme un crime par la justice et, conscientes
de cela, les femmes ne portent pas plainte lorsqu'elles ont
été abusées physiquement. Ainsi, le viol se situe en deuxième
place des crimes commis en Indonésie, après le meurtre, compte
tenu du fait que dans la plupart des cas les femmes, d'abord
violées, sont ensuite battues, parfois à mort.
Le sud-est asiatique est connu également pour être une source
et une plaque tournante du trafic de femmes et de fillettes
à destination du marché de la prostitution ou du marché du travail
en tant que domestiques. Des esclaves, en fait, car les conditions
de travail des indonésiennes sont abusives et discriminatoires
aussi bien sur le plan social que sur le plan humain : malnutrition,
surcharge d'activité et d'horaire, maltraitance physique, abus
sexuel sont les exactions contre lesquelles les fillettes et
les femmes doivent faire face quotidiennement. Là encore, elles
ne sont pas protégées par la loi qui ne criminalise pas le harcèlement
ou tout autre forme de comportement discriminatoire dans l'enceinte
d'un travail. Le marché de la prostitution reste un problème
grave et difficile à endiguer tant la situation économique est
désastreuse et profite, en cela, au trafic de fillettes de plus
en plus jeunes. Les mutilations génitales féminines sont encore
de rigueur dans certaines zones rurales et ne sont pas interdites
par les lois.
A l'heure actuelle, la situation politique n'est pas des plus
saines. En effet, si le Timor oriental attend toujours de proclamer
officiellement son indépendance, d'autres îles révèlent de plus
en plus leurs intentions dans le même sens comme le craignait
le gouvernement lors de la précédente crise. Même si ce dernier
avait adopté en 1998, un plan national d'action en faveur des
droits humains pour les années 1998-2003, les crimes perpétrés
à l'encontre de ces mêmes droits, bafoués, sont légions et tapissent
le paysage indonésien, déjà calciné par la folie des anciens
hommes de pouvoir, d'un nuage noir et épais. D'un autre côté,
et comme nous devions le craindre, l'impunité des généraux et
officiers de l'armée ainsi que les hommes des milices qui se
sont rendu coupables de crimes contre l'humanité semble inéluctable.
Sur le plan politique, une femme, Megawati Soekarnoputri, "
Mega " pour ses partisans, est en passe de devenir la première
présidente de l'Indonésie si la procédure de destitution de
Abdhuramma Wahid allait à son terme dans les trois mois à venir.
Une femme, au pouvoir, dans un pays à 90 % musulman, fille du
père de l'indépendance… et on se prend à rêver. On dit également
qu'elle dispose de forts appuis au sein de l'armée et qu'elle
semblerait favorable à la promotion d'une politique plus ouvertement
nationaliste.
Et si ce n'était qu'un rêve…
Thierry
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Sources : Rightderecho, Amnesty, ONU,
Human Rights Watch, US Dept., Yahoo actualités
Photo : Dita Sari - Asiet
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