| La Femme en Jordanie [10-1999] |
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Kifaya n'a que 16 ans lorsqu'elle est poignardée à mort par
son frère âgé de 32 ans…
Pourquoi Kifaya a-t-elle été assassinée ? D'abord violée (et presque tuée) par son jeune frère Mahmoud, elle a subi un avortement puis a été mariée de force à un homme de 50 ans. Six mois plus tard, le divorce est prononcé. Le soir même, Khalid, son frère se rend chez elle et, sur ordre de la famille, tue sa sœur.
La raison ? Laver l'honneur de la famille !
Les femmes jordaniennes sont prises au piège du conditionnement culturel et d'un abominable détournement de la loi du Coran. En effet, si, au premier abord, la société jordanienne fait de la femme la dépositaire de l'honneur familial et social, c'est au péril de sa vie. Loin d'être une qualification respectable, ce rôle les emprisonne dans une condition de femmes objets, n'ayant jamais le droit à l'erreur. Ainsi, le comportement de la femme est toujours contrôlé et considéré comme suspect par sa famille. Et s'il est estimé inacceptable, cela peut signifier la mort pour elle. De ce fait, les " crimes d'honneur " occupent le rang le plus élevé parmi tous les autres meurtres commis contre les femmes.
Pour la société, la vie ou la mort d'une femme repose sur un simple soupçon. Une femme soupçonnée d'avoir déshonoré sa famille doit mourir ! Les meurtriers, généralement des pères, frères ou maris sont considérés comme des héros et applaudis pour avoir " purifié l'honneur de la famille " tandis que les femmes sont enterrées dans l'anonymat le plus complet.
Bien souvent, les familles détournent la loi en assignant la tâche de tuer à un de leurs membres âgé de moins de 18 ans. Cela permet, devant la loi, de réduire les peines d'emprisonnement de 20 ans à 6 mois. Oui, les lois sont discriminatoires à l'égard des femmes car elles justifient les auteurs dans ces attitudes extrêmes.
La difficulté de faire évoluer les esprits sur ce sujet est grande, les "crimes d'honneur" étant tabous. Les femmes qui essaient de faire avancer leurs droits en Jordanie se heurtent à l'indifférence du gouvernement et aux différentes pressions afin que leurs projets ne puissent aboutir.
L'héritage culturel, lourd et trop puissant, freine toute amélioration de la condition des femmes jordaniennes. N'étant pratiquement pas représentées au gouvernement et dans le système législatif (car les portes leur sont presque totalement fermées), elles ne peuvent revendiquer leurs droits et les faire évoluer. Il va sans dire que la violence domestique ne peut que faire partie du quotidien le plus banal de la femme jordanienne…
Il est à souhaiter que l'arrivée au pouvoir du nouveau roi Abdallâh permette à la Jordanie de sortir du peloton de tête des pays les plus discriminatoires à l'égard de leurs filles, femmes et mères…
Thierry
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Source : www.ecouncil.ac.cr et US Human rights
Photo : ONU
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