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La femme en Afghanistan
[mise à jour 04-2001] |
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Voici 3 ans que le monde entier eut véritablement connaissance
de la situation dramatique des droits des femmes en Afghanistan
avec comme point culminant, "la journée de la femme" du 8 mars
1998 qui leur était consacrée sous le slogan "Des fleurs pour
les femmes de Kaboul". Trois années durant lesquelles la communauté
internationale, aidée par plusieurs ONG, s'est acharnée à faire
reconnaître par le pouvoir en place, les taliban, ainsi qu'aux
différents pays du monde, que les femmes afghanes figuraient
parmi les plus discriminées de notre planète. Trois années qui
ont permis également de mettre en lumière le véritable visage
de ces gardiens fondamentalistes d'une loi islamique inique
et meurtrière.
L'Afghanistan, pays sous-développé mais qui présentait quelque
espoir d'évolution vers la démocratie au lendemain de la guerre
dévastatrice qui l'avait opposé au géant communiste, est tombé,
en 1996, entre les mains sanguinaires et manipulatrices des
fous d'une loi coranique détournée et corrompue. La stabilisation
apparente apportée par ces guerriers psychopathes, concentrant
sur eux les multiples conflits factionnaires dont souffraient
les diverses régions du pays, n'a fait que dissimuler la misère
et la souffrance d'un peuple qui se trouve, chaque jour davantage,
à l'agonie. Une agonie lente mais paradoxalement brutale car
réanimée en permanence par les horreurs perpétrées à l'égard
de la population afghane qui viendrait défier la loi et plus
spécialement des filles et des femmes.
Pendaisons, exécutions par balle, amputations, immolations,
flagellations sont les scènes abjectes que répète quotidiennement
le peuple afghan sous la direction autoritaire des taliban.
Mais dans ce cinéma-là, les punitions inhumaines et les mises
à mort publiques sont bien réelles et définitives. A l'évidence,
les filles et les femmes sont supérieurement exposées à ce type
de représailles criminelles car elles font l'objet, à la base
même du régime, d'une discrimination instituée, légalisée qui
se révèle à travers l'anéantissement intégral de leurs droits
en matière de vie économique, politique et sociale.
Et le moindre faux pas se paie cash ! La situation est bien
claire : un nombre considérable de femmes n'ont plus le droit
d'accéder à une quelconque forme de scolarisation au-delà de
l'âge de dix ans. L'accès aux soins généraux et spécifiques
leur est interdit, ce qui engendre une augmentation des maladies
et plus particulièrement les rend vulnérables lors de leurs
grossesses et leurs accouchements (le taux de mortalité maternelle
est extrêmement élevé, situant l'Afghanistan au deuxième rang
mondial). Les femmes intellectuelles ne doivent plus penser,
elles doivent, comme les autres, rester cloîtrées à l'intérieur
de leur maison, coiffées de la "Burka" ou du "Tchador", recouvertes
entièrement de la tête aux pieds de tissus opaques. Leurs fenêtres
sont parfois peintes afin de leur éviter d'êtres vues de l'extérieur
ou même de voir elles-mêmes ce qui se passe au dehors. Elles
n'ont plus le droit d'exercer un métier alors que certaines
d'entre elles occupaient des postes importants au sein de cabinets
d'avocats, d'hôpitaux, étaient également géomètres ou ingénieurs
avant l'arrivée des taliban au pouvoir. Les seuls secteurs d'activités
qui leur sont encore accessibles et sous la condition d'être
veuves, par exemple, et d'avoir une famille à charge, sont l'agriculture
et l'artisanat. A tout cela s'ajoutent les enlèvements de fillettes
et de femmes, surtout hazara et tadjikes ; les mariages forcés
et les trafics (la traite) à destination d'autres régions d'Afghanistan
ou du Pakistan. Ainsi, toutes ces restrictions fortement appliquées
dans les régions placées sous le contrôle des taliban entraînent
souvent les femmes dans la pauvreté absolue, dans la dépendance
totale vis-à-vis des hommes. Elles sont sujettes alors à des
états dépressifs, à l'absorption exagérée de drogue, aux maladies
mentales, au suicide, à la mendicité et à la prostitution. Et,
pour une femme accusée de fornication, c'est la pendaison !
Tout le peuple afghan souffre de cette situation tragique. Le
fait est que dans les régions reculées où les taliban n'ont
pu faire autorité, les femmes subissent un peu moins l'influence
de leurs lois. Elles peuvent, si elles étaient médecins, auparavant,
venir en aide aux personnes malades, aux blessés. Toutefois,
celles qui vivent dans les zones contrôlées par le Front Uni,
faction armée opposée aux taliban, ne bénéficient pas d'un traitement
bien meilleur. Elles ne peuvent circuler que sous certaines
conditions déclarées "d'intérêt public" et doivent se conformer
à des lois discriminatoires toutes aussi réelles et imposées.
Comme il y a 3 ans, les femmes afghanes sont toujours majoritairement
privées de liberté, privées de vie. Les décrets ou les ordonnances,
publiés par les ministres taliban et destinés à réduire toujours
plus leur espace vital, fleurissent à mesure que les conflits
internes s'enlisent et que le désir de contrôler la totalité
du territoire augmente. Le nombre de réfugiés déplacés à l'intérieur
du pays ou vers le Pakistan est considérable, altérant dangereusement
leur état de santé et les rendant vulnérables face à toute action
discriminatoire et violente. En outre, plusieurs centaines de
morts ont été recensés parmi les réfugiés à cause de la précarité
dans laquelle ils ont dû passer l'hiver !
C'est dans les camps de réfugiés, pourtant, que les femmes retrouvent
un peu de dignité et d'identité en portant secours aux personnes
malades, lorsqu'elles ont été médecins, en improvisant des "écoles",
lorsqu'elles ont été, jadis, enseignantes.
Un message jeté à la face des tortionnaires que sont les taliban
: le peuple afghan est un peuple de nomades, le plaçant au premier
rang mondial de sa catégorie devant la Mauritanie, passé maitre
dans l'art de reconstruire une oasis de vie dans un désert humain.
Ce que l'armée russe n'a pu accomplir, les taliban ne le pourront
également. L'économie inexistante, l'humanité bafouée, la politique
de la terreur ne jouent pas en faveur des protagonistes fanatiques.
Leur pouvoir est factice, ayant perdu tout contrôle d'eux-mêmes,
de leurs actes alors que la surenchère de violence les rend
successivement sourds, aveugles et muets. Si bien que lorsque
nous ne sommes plus capables d'entendre les cris de souffrance
de celles et ceux que l'on martyrise, que nous ne voyons plus
les corps des agonisants que l'on écrase, nous perdons la dernière
parcelle d'humanité qui demeurait en nous et, alors, notre discours
sans âme reste muet, incapable d'émettre autre chose que la
mort, le néant, signe que nous sommes proches de l'apocalypse…
Thierry
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Sources : ONU 2000, Rawa.org, Amnesty,
womenenews, FDNW, presses diverses, UNESCO
Photo : Meena, dirigeant fondateur de
RAWA - rawa.org
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