| La Femme au Chili [09-1999] |
|
17 ans de dictature ont laissé des traces indélébiles dans le
cœur des Chiliens. A l'heure où tous les regards restent fixés
sur le sort du Général Pinochet, nous nous intéresserons à celui
des femmes…
Ainsi, pour parler de la condition de la femme au Chili, nous allons la découvrir à travers l'histoire de Juana Candia.
Candia n'a que 15 ans lorsqu'elle est violée par un homme. Constatant assez rapidement qu'elle est enceinte, sa famille la force à se marier avec celui qui l'a abusée afin de " laver l'honneur de la famille ". Il faut savoir que, selon la loi chilienne, un homme qui viole une femme est exempt de toute poursuite judiciaire s'il épouse sa victime.
Après son mariage, cette femme, âgée aujourd'hui de 31 ans, a enduré plusieurs années de violence et d'abus sexuels dans l'indifférence de sa famille, des centres de soins où elle allait faire soigner ses blessures et même de la police auprès desquels elle se confiait parfois.
Un jour, pour se défendre, Candia tue son mari alors qu'il recommençait à vouloir la soumettre, ainsi que ses enfants, à sa violence répétitive. Sans prendre en compte toutes ces années de souffrances et d'abus qu'elle avait subis, le tribunal la condamne à 15 ans d'emprisonnement et lui retire ses enfants. Quelques mois plus tard, la sentence est ramenée à 10 ans de prison en regard des sévices psychologiques et physiques dont elle avait été l'objet. La discrimination dont Candia a été victime attire l'attention du public. Une organisation pour le respect des droits des femmes engage alors une campagne d'information en sa faveur. A la fin de l'année 1997, le tribunal des droits des femmes chiliennes analyse son cas et elle est relâchée par clémence présidentielle en janvier 1998.
Outre l'issue positive de cette histoire, la discrimination dont sont victimes les femmes chiliennes est évidente et hérite d'une large complaisance de la part de l'état. Une loi, vieille de 100 ans, stipule qu'un homme accusé de viol est relâché immédiatement s'il répond à ces accusations que la victime était sa femme et qu'elle était consentante. Au Chili, la femme fait partie du patrimoine de son époux. De plus, la traite des femmes et, par voie de conséquence, la prostitution involontaire, sont considérées par l'état comme un mal nécessaire pour la société.
Une autre forme de violence contre les femmes s'est développée au Chili : celle exercée contre les travailleuses immigrantes. En effet, celles-ci sont exploitées par leurs employeurs qui leur interdisent de former des syndicats, les obligent à travailler 12 à 14 heures par jour dans des conditions d'extrême insalubrité et les exposent à de très fortes doses de pesticides dans le cadre de leur travail. Cela entraîne chez beaucoup d'entre elles des cancers, des malformations congénitales et des décès.
L'unique et infime lueur d'espoir pour les femmes chiliennes réside dans cette loi qui vient d'interdire aux employeurs de leur faire passer un test de grossesse avant toute embauche. Un bien mince réconfort !
Thierry
 |
|
Source : rapport ONU 97 et US Human rights
Photo : www.corbis.com
|
|
|