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La Femme au Nigeria [08-1999]


Femmes nigérianes Ce qui se passe au Nigeria est ambigu. D'un côté, le gouvernement met en place un ministère pour faire valoir les droits des femmes nigérianes et, d'un autre côté, non seulement aucune loi n'est votée pour les protéger de la violence dont elles sont victimes, mais en plus les autorités politiques refusent de délivrer un rapport sur la condition des femmes dans leur pays !

L'origine de cette attitude vient sans doute du fait que le Nigeria est dans une phase transitoire. Une période où la dualité entre reconnaissance des droits des femmes et enracinement dans les coutumes religieuses et sociales ne favorisent pas une amélioration rapide et effective de leurs conditions.

Pourtant, le Nigeria est dans l'urgence. Urgence économique car ce pays fait partie des 20 plus pauvres de la planète. Urgence sociale car la disparité entre hommes et femmes, entre familles suffisamment aisées et familles dramatiquement pauvres est une des plus importantes du monde. Urgence parce que la femme est à l'agonie !

Que dire de la mutilation génitale encore largement pratiquée dans les quatre coins du pays ? Que penser de la pérennité de dispositions légales permettant aux maris de battre leurs femmes (" de les punir ") avec l'impossibilité pour elles de porter plainte sous peine de représailles plus fortes ? Comment comprendre que le viol conjugal soit accepté et normalisé par la loi ? Le poids des coutumes écrase littéralement toute pulsion innovatrice en matière de droits humains et en particulier de droits des femmes. Un nombre croissant de femmes et de fillettes se retrouvent sans abri et dorment dans la rue, s'exposant ainsi à toutes formes de violences gratuites. Et lorsque les fillettes ne sont pas données à la cité, elles sont mariées de force et contre leur gré à des hommes dans le cadre de la polygamie.

Oui, certaines pratiques coutumières qui ont encore cours au Nigeria considèrent que la femme fait partie du patrimoine du mari et qu'il peut en disposer (être " transmise en héritage ") comme il le désire ! Cette coutume permet également aux hommes d'infliger des blessures sérieuses à leurs femmes pour les obliger à avoir une relation sexuelle et de ne répondre de leur geste devant la loi, non pas comme auteur d'une agression sexuelle, mais comme l'auteur d'une simple " voie de fait ". Dans les cas les plus sérieux, les femmes victimes doivent encore obtenir l'accord de leur mari pour avoir accès aux soins médicaux !

En fait, on ne se soucie de la santé des femmes que dans le cadre de la maternité, et même là, bon nombre d'entre elles se voient refuser les soins gynécologiques, ce qui participe au taux élevé de mortalité maternelle. Le gouvernement, à l'heure actuelle, n'engage aucune réforme législative à la pratique coutumière de la violence familiale, du viol, de toutes formes de discrimination que subissent les femmes nigérianes, parce que trop complaisant avec la tradition.

Mais alors, devant ce fléau d'une ampleur extrême, comment regarder ces femmes athlètes nigérianes qui courent vers une victoire, une médaille, au moment des championnats du monde d'athlétisme ? Il faut les voir avec les yeux de l'Amour, de l'humilité, de la compassion et reconnaître dans leur ultime effort une course vers la vie !


Thierry Contact

Source : rapport ONU 97 et 98
Photo : www.corbis.com
 



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