| La Femme au Rwanda [05-1999] |
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Nous avons tous en mémoire le terrible génocide qui s'est produit
au Rwanda en avril 1994. Outre les massacres généralisés sur
toutes les classes et les genres de la population, les femmes
ont subi une violence et une discrimination sans limite qui
avait commencé bien avant le conflit...
En 1990 déjà, un journal extrémiste Hutu, appuyé par des personnalités du gouvernement et de l'armée publiait les "dix commandements Hutus". Dans les trois premiers de ces commandements, la discrimination contre les femmes Tutsi s'affichait : "Nous considérons comme un traître chaque homme Hutu qui épouserait une femme Tutsi, qui se lierait d'amitié avec l'une d'entre elles, qui emploierait une femme Tutsi comme secrétaire ou en ferait sa concubine..." Un appel aux femmes Hutus était encore lancé pour faire entendre raison aux hommes sur les commandements précédents au cas où ils seraient attirés par une femme Tutsi...
Le génocide n'a fait qu'exacerber une discrimination contre les femmes qui sévissait depuis des années aussi bien au sein de leur propre ethnie que de l'ethnie opposée : violences sexuelles, soumission totale à l'époux, absence de droits d'héritage suite au décès du mari, simplement parce qu'elle sont des femmes. Une fois le génocide consommé, les droits ne se sont pas améliorés : non accès à l'éducation et aux fonctions sociales et civiques, mauvaise prise en charge des séquelles laissées par les souffrances et les horreurs que les femmes ont vécues, assistance médicale inexistante...
Les conséquences psychologiques sont désastreuses : dépression, rejets d'elles-mêmes donnant naissance à des maladies psychosomatiques (palpitations, nausée, insomnie...), cicatrices inquiétantes au niveaux des membres et des organes sexuels, infirmités, SIDA...
Bref un état des lieux concernant les droits de la femmes particulièrement alarmant au regard des droits fondamentaux de la personne humaine. Ainsi, outre le génocide dont elles ont fait largement les frais, elles sont oubliées par les lois qui leur interdisent l'accès au crédit et au prêt. Elles ne peuvent s'engager dans une activité commerciale ou même exercer un emploi sans l'autorisation expresse de leur époux, la violence domestique venant rajouter son lot de souffrances à ces femmes déjà traumatisées au plus profond de leur être.
L'appareil judiciaire est à tel point défaillant - ne pouvant garantir la protection des femmes témoignant d'actes de violences faits à leur égard - qu'elles hésitent à parler par crainte de représailles, certains membres du tribunal ayant des gestes et des propos méprisants à leur sujet...
Les aides aux femmes victimes de violences quotidiennes ainsi que le soutien médical et psychologique doivent s'intensifier. Il importe au plus haut point de trouver des volontés humaines et financières pour que le génocide ethnique ne laisse pas la place à un génocide social et sexuel.
Thierry
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Source : ONU
Photo : http://irvingbible.org
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