Bien-aimés, ce n’est pas un commandement nouveau que je
vous écris, c’est un commandement ancien, que vous avez reçu
dès le commencement ; ce commandement ancien, c’est la parole
que vous avez entendue. (2, 7)
L’Amour n’est pas nouveau, nous dit Jean dans sa Première Epître
; nous le connaissons depuis toujours, depuis le début. A l’instant
même où notre âme s’est éveillée à la vie, nous avons connu
l’Amour. C’est son appel qui nous a fait naître : l’appel du
Verbe de Vie.
C’est ainsi que naissent les âmes : elles apparaissent à la
voix du Père, elles Lui répondent. « Tu m’appelles et je
viens », tels sont les mots qui pourraient résumer l’histoire
d’Amour qui perdure entre l’homme et Dieu. Une histoire d’union
et de besoin mutuel.
L’Amour n’est pas nouveau. Il vit au coeur de chaque être même
si nous le croyons parfois très enfoui. Il est sa nature profonde.
Nous l’avons oublié. Nous l’avons délaissé, voire même totalement
rejeté au point de nous détruire. Car cet appel de Notre Père
nous laissait libres. Ce n’était point « Aime-Moi, Moi Ton Dieu
» comme l’ont perçu parfois quelques humains. C’était « Je t’aime
», une parole vibrante de liberté, d’avenir.
Riche de cette parole, l’être humain le fut sans doute au commencement,
vivant dans la Lumière éclatante de cet Amour. Il grandit en
son sein puis s’en alla... Et se perdit. Il délaissa la Voie
Royale pour quelques chemins de traverse. Combien de temps erra-t-il
ainsi ? Nul ne le sait vraiment. Son parcours dura suffisamment
de millénaires pour que l’homme, un jour, n’eût plus qu’à s’asseoir
au bord de la route et à attendre !
Attendre qui, attendre quoi ? L’Amour des origines. Mais comment
le reconnaîtrait-il après si longtemps ? Jésus vint alors à
sa rencontre et releva l’être assis dans la boue. Il lui indiqua
la route. Et lorsque l’homme eût rejoint la Lumière, ses yeux
s’ouvrirent, sa mémoire se souvint et l’Amour lui redevint familier.
Mais Il avait une saveur nouvelle.
Jean le sait bien : D’un autre côté, c’est un commandement
nouveau que je vous écris, lequel s’est vérifié en Jésus-Christ
et en vous, car les ténèbres se dissipent et déjà brille la
véritable Lumière. L’Amour a changé parce que l’homme s’est
changé. Ce qui était gratuit, donné à l’homme de toute éternité,
l’homme a tellement souffert pour le regagner que sa valeur
s’est accrue. L’Amour est redevenu son bien le plus cher.
Aujourd’hui ou tant d’idées se côtoient, l’Amour affirme toujours
plus sa réalité divine, son caractère illimité. L’homme peut
bien soutenir tel raisonnement ou telle idéologie... Au bout
du compte, aimer et être aimé sont les seules vérités qui lui
importent quoiqu’il dise ou qu’il fasse.
L’Amour est vérifié. Il a connu son accomplissement humain en
Jésus ; il connaît son accomplissement
divin en tout être qui aime son prochain et conserve la Parole
: les mots d’Amour de l’origine, les mots oubliés, emprisonnés
dans les mémoires que Jésus a lavées de son sang.
Maintenant, le jour commence à poindre à l’horizon. L’homme
se convoque à sa propre renaissance. Il en décide ainsi et rien
ne l’arrêtera. Il va ajouter sa Lumière à celle de Dieu. Non
pas une Lumière issue de lui mais la Lumière incréée du Père
à laquelle il ajoute son éclat : peu de chose diront certains,
ceux qui, de tout temps, cherchent à diminuer l’homme. Un éclat
d’une valeur infinie pour Jésus, Lui qui s’est donné pour que
ce trésor soit révélé.
Cette Lumière véritable dont parle le disciple est la Lumière
de l’échange : la voix humaine qui balbutie à Dieu « Je
T’aime aussi ». La Vie reflétée par la vie.
Geoffroi
 |
|
|