Dieu
est Lumière, et de ténèbres, il n'y a
point trace en Lui. (1, 5). Arrêtons-nous, pour cette fois, sur ces paroles et
tirons-en les conséquences : celles-ci nous
éclaireront sur notre position en tant qu'être
humain. Lumière, Energie qui donne la Vie, c'est
ainsi que l'on peut tout d'abord concevoir Dieu. Mais qu'en
est-il donc de la dualité dont les hommes se sont
longtemps nourris ? Nous connaissons tous la figure
symbolique du yin et yang, cette opposition des contraires
où chacun recèle des traces de l'autre. Nous
avons entendu parler également du lumineux Ormuzd et
de ses anges combattant pour toujours les démons de
l'obscur Ahriman...
Mais Jean ne vient pas nous exposer un dualisme de plus. Il
veut éclairer nos consciences sur la
réalité divine du Un, l'Unique. L'homme qui se
croit séparé de Dieu a toujours
été fasciné par l'hypothèse
d'une opposition de deux principes fondamentaux figés
dans une lutte éternelle : une façon pour lui
de justifier ses propres errances.
La vérité johannique est tout autre. Il n'y
a que Dieu. Hors de Lui qui est Tout : rien. Et en Lui,
point de ténèbres. Tout ce qui
détruit l'homme et dont il est familier encore
aujourd'hui (négativité, violence, mensonge,
égoïsme...) n'existe pas en Dieu. Sur le plan de
l'Absolu qu'Il EST, il n'y a que Lumière et ce qui se
voudrait un principe opposé n'est en fait qu'un nuage
devant elle. Non pas une existence en tant que telle mais
une tentative absurde de nier l'Existant suprême, une
inexistence prononcée.
Comprenons bien : Dieu est l'Infini, l'Illimité, la
puissance créatrice. Il aurait fallu qu'il y ait en
Lui un peu de ténèbres pour que ces
dernières puissent prévaloir d'un pouvoir au
sens plein du terme. Mais Dieu n'est que
Lumière. L'Infini de Vie est Lumière
éclatante, Lumière incréée du
monde suprasensible perçue par les mystiques,
rayonnement solaire en notre cosmos...
Adieu la dualité. Adieu les principes
condamnés à l'opposition perpétuelle.
Il ne reste que le UN éternel et, en Lui, des
créatures qui tentent de se forger une inexistence et
s'efforcent d'en entraîner d'autres dans leur
illusion. Car c'est Sa Volonté qu'il soit possible de
refuser Sa Lumière. Le peu de
réalité qu'ont les ténèbres ne
subsiste que par Sa Volonté, pour que les
créatures aient un choix : vivre et s'unir à
Lui ou s'éloigner et se détruire.
Cette fameuse ténèbre, cette obscurité
de l'âme est du ressort de la créature, elle
est la garantie de son libre arbitre : flamboyer dans la
Lumière du Père ou bien la voiler, ce qui
n'est possible qu'en se détournant de Lui. C'est
là le seul moyen de cacher Sa Lumière, en
fermant les yeux sur Dieu et sur sa présence en soi.
Là réside notre choix : le pouvoir divin ou
bien l'absence de pouvoir.
Opter pour la Vie ou refuser d'être, ouvrir grand les
yeux ou les fermer à jamais, c'est de là que
peut surgir la seule obscurité, dans ce mouvement des
paupières de l'âme.
Ce refus rendu possible pour les créatures,
encore le doivent-elles à la Vie donnée par
Dieu. Comme les ténèbres ne sont rien sans la
Lumière qu'elles essayent de voiler ! Dieu l'a voulu
ainsi. Au coeur de son éternité, il accorde
à l'homme un temps de réflexion, une
ténèbre qui n'a pour existence que celle que
lui attribuent à tort les âmes
égarées, celles qui, au sein de Dieu, refusent
de reconnaître qu'elles y sont.
Et Dieu, dans son Amour, leur laisse la liberté de
croire qu'elles sont en dehors de Lui...
Geoffroi
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