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Les consolateurs


Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage en lui-même ; celui qui ne croit pas Dieu, le fait menteur, puisqu’il n’a pas cru au témoignage que Dieu a rendu à son Fils. Et voici ce témoignage, c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. Je vous ai écrit ces choses afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu. (5, 10-13)

Au cours des ans, cet extrait de la Première Epître a fait l’objet de bien des commentaires, dont certains ont engendré de terribles malentendus. Si l’on aborde, en effet, la spiritualité johannique avec l’intellect comme seul outil, il est certain que l’on ne pourra en saisir la substance qu’en ses aspects les plus superficiels. Ainsi, il est très possible de donner une interprétation de ce passage qui justifie une religiosité des apparences, fondée principalement sur la pratique d’un culte et une conception de la croyance purement mentale. C’est oublier que Jean s’exprime d’abord avec son cœur, celui du disciple bien-aimé qui traduit la Parole de son maître en y mettant de sa propre vie : cette vie qu’il tient lui-même de son union permanente avec Jésus.

En somme, l’évangéliste nous invite à agir de la même manière que lui, en mettant de notre cœur, de notre Amour dans ce que nous vivons, comme dans ce que nous croyons. Dès lors, les choses s’éclairent instantanément et les confusions ne sont plus possibles. La croyance, d’après Jean, c’est ni plus ni moins la foi : cette impulsion mystique qui fait de nous des canaux propres à répandre sur le monde l’Energie divine. De sorte que croire au nom du Fils de Dieu, cela n’a absolument rien de commun avec les formules apprises et répétées lors d’un cérémonial, mais c’est témoigner d’une réalité que l’on a expérimentée. Exactement comme Jean qui rend témoignage du Verbe qu’il a touché.

Autrement dit, il s’agit tout simplement de communion avec Jésus, de proximité chèrement gagnée à force de s’ouvrir aux autres, à force d’aimer. Il y en aura toujours pour affirmer que la Grâce de Dieu rend les efforts inutiles, mais ils s’aveuglent : si la Grâce est, effectivement, gratuite et perpétuellement offerte, l’être humain n’en doit pas moins persévérer dans l’Amour s’il veut se permettre de la recevoir : ou, tout bonnement, la laisser accéder à lui. Croire que Dieu distille sa grâce à ceux qu’Il a mystérieusement sélectionnés est aussi borné que de penser qu’une croyance d’ordre mental garantit la Vie éternelle aux individus ou constitue le fondement valable d’une religion qui se veut au-dessus de toutes les autres. Cela est absurde et, pire, cela conduit à des comportements orgueilleux, voire criminels.

Nous ne répéterons donc jamais assez que : la foi est un état de communion avec Dieu - avec l’Amour - qui ne s’atteint que par les actes, lesquels ne sont mus ni par l’intérêt ni par le mental, mais par les noces du désir et de la volonté. Croire au nom de Jésus, c’est porter Jésus en soi à force d’avoir expérimenté sa voie. Et le disciple le dit bien qui utilise la formule « avoir le Fils » afin de bien renforcer cette notion de possession qui signifie bien « appartenance ». Jésus veut, en effet, nous appartenir, au sens plein du terme : il insiste pour que nous nous appropriions sa personne, sa vie (son corps et son sang) parce que le don qu’Il fait de Lui-même est sans fin. Lorsque l’on aime, en effet, on aime tout de l’autre, on veut tout de l’autre : la communion totale qui, seule, permet de le connaître, de le comprendre, en dilatant les limites de l’ego. A partir du moment où nos actes, animés par un Amour sincère et puissant pour nos semblables, nous font éprouver cette réalité divine, nous rendons alors témoignage de la Vie éternelle répandue par Jésus-Christ, parce que nous-mêmes devenons porteurs de cette Vie qui n’admet point de limites. Nous sommes alors les témoins de ce que Dieu ne trompe pas l’homme mais l’aime infiniment en lui donnant la totalité de ce qui caractérise sa divinité : la Vie sans limites par le pouvoir créateur de l’Amour.

Où est alors le mensonge contre lequel l’évangéliste tient à nous mettre en garde ? Non pas chez ceux qui avertissent leurs semblables de la vanité qu’il y a à réduire la spiritualité à l’observance de rites, mais, bien au contraire, chez ceux qui limitent l’Amour de Dieu et font de la Vie éternelle qu’Il donne à profusion un objet de pouvoir en cherchant à inféoder les consciences à leurs dogmes, au lieu de respecter scrupuleusement la liberté de leurs fidèles en les invitant à ne se fier qu’à ce que leur dicte leur cœur. Le voilà l’ignoble mensonge : faire de la gratuité et de l’infinité de l’Amour de Dieu un objet de commerce que seuls les élus, les bien-pensants - bref, les conformistes - peuvent s’offrir ; rabaisser la relation exaltante entre l’être vivant et Dieu au niveau d’un jeu abject de domination et de soumission où c’est le plus servile qui l’emporte. A toutes les victimes de ce mensonge, Jean n’a qu’une chose à dire : continuez d’aimer sans condition, car c’est ainsi que vous avez la Vie éternelle à l’intérieur de vous, ce souffle divin qui fait de vous les amis de Jésus, les défenseurs des malheureux, les consolateurs dont le monde a besoin.


Geoffroi Contact  




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