Car c’est aimer Dieu que de garder ses commandements.
Et ses commandements ne sont pas pénibles, parce que tout ce
qui est né de Dieu remporte la victoire sur le monde ; et la
victoire qui a vaincu le monde, c’est notre foi. Qui est celui
qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus
est le Fils de Dieu ? (5, 3-5)
Le lecteur attentif de Jean aura compris depuis
longtemps que, pour lui, « croire » signifie
automatiquement « mettre en pratique » : notre
évangéliste est, en effet, un homme
d’action qui n’effectue pas la moindre
séparation entre l’esprit et le cœur, entre
l’être et l’agir. Ainsi, croire en Dieu ne
signifie rien d’autre qu’aimer Dieu et,
très logiquement, traduire sa parole en actes bien
concrets. Certainement, au temps où le disciple
rédigea son épître, le Créateur
était encore perçu sous les traits
autoritaires chers à l’Ancien Testament de sorte
que garder les commandements de Dieu signifiait pour un
individu ordinaire toute une liste d’interdits à
observer. Il n’en est rien, affirme Jean, et il nous le
répète à travers les siècles :
l’enseignement de Jésus n’est pas
contraignant ! Bien au contraire, puisqu’il s’agit
de notre libération.
Evidemment, celui qui ne se sait pas prisonnier de ce monde,
de ses fausses valeurs et de ses conditionnements ne saisira
pas l’ampleur de l’enjeu. En revanche, toute
personne que les épreuves de la vie auront
éveillée, ressentira pleinement à quel
genre de liberté elle est conviée : celle qui
consiste à utiliser le pouvoir créateur que
Dieu a placé en elle pour participer à
l’épanouissement de ses frères et
sœurs. Bref, répandre l’Amour sur ce monde
qui en a tant besoin à la manière dont
Jésus s’y est employé. Vaincre le monde,
autrement dit, remplacer la misère et les souffrances
qui sont infligées aux êtres humains par la
fraternité et la compassion, tel est le but. Utiliser
pour cela le pouvoir de notre foi c’est-à-dire
la puissance créatrice qui vit en nous sous la forme
de la présence divine et que l’Esprit
d’Amour est seul capable de réactiver, tel est
le moyen.
Et comme nous ne pouvons bien faire les choses sans avoir un
modèle sous les yeux, Jésus-Christ est
celui-là. Comme lui, nous sommes des Fils de Dieu
appelés à nous réunir à notre
Créateur ; comme lui, nous pouvons connaître,
grâce à l’Amour inconditionnel, la
réalité de la Résurrection et
participer à la régénération du
monde. C’est pourquoi le disciple bien-aimé
énonce cette formule audacieuse : « qui donc est
le vainqueur du monde, sinon celui qui croit que
Jésus est le Fils de Dieu ? » C’est bien
pour nous indiquer que nous devenons semblables à
Jésus dès lors que nous consacrons notre
existence à aimer : telle est la clé qui nous
affranchit de l’espace-temps, nous permettant, tout
d’abord, de changer notre regard sur le monde et sur
nous-mêmes, puis, de nous transformer
concrètement sans qu’il y ait à cela de
limite puisque l’Amour de Dieu n’en a pas. Seules,
les limites temporaires de notre confiance en l’Amour
font obstacle à la pleine transfiguration de notre
être.
Aujourd’hui, l’ami de Jésus qui chemine fidèlement sur sa voie
n’est pas, apparemment du moins, franchement différent des autres.
Il ne plane pas au-dessus du sol pas plus qu’il ne multiplie
les guérisons. Certes, des êtres particulièrement élevés en
Amour ont atteint de hauts niveaux dans la maîtrise du monde
matériel et de ses habituelles contraintes : Saint
Séraphin de Sarov en est un exemple édifiant. Mais pour
celui qui ne se sent pas inspiré par l’Esprit Saint et qui n’accomplit
pas de miracles, il y a tout de même de multiples signes de
la transformation que l’Amour a effectué sur lui. Par exemple,
il n’est plus confronté aux mêmes situations qu’auparavant :
sa vie a changé, elle est devenue cohérente et orientée vers
toujours plus d’évolution. De plus en plus dévoué aux autres,
ce sont ces derniers qui peuvent le mieux décrire la modification
profonde qui s’est opérée en leur frère ou sœur.
Car celui qui se consacre de tout son cœur à
faire croître l’Amour autour de lui ne se rend
pas compte de sa propre transformation. Il n’est pas
observateur de lui-même mais des autres dont il
cherche à améliorer le sort. Heureux
d’avoir découvert la présence divine en
lui-même, il espère partager ce trésor
avec d’autres en leur offrant de voir le divin qui vit
en eux. Car la voilà la grande libération :
celle qui associe la libération des autres à
la sienne propre et qui ne fait ainsi pas la moindre
distinction entre soi et autrui de même que Dieu
répand son Amour à profusion sur tout ce qui
vit. Il est souvent difficile de discerner le divin chez
ceux que nous considérons comme différents de
nous... Mais n’est-ce pas précisément le
mal dont souffre l’humanité que son
incapacité à se reconnaître
d’origine divine ? N’est-ce pas l’aimer que
de lui montrer qu’il y a en elle du Très Bon et
du Très Haut, malgré tout ? N’est-ce pas
exactement ce que Jésus a fait pour nous en nous
relevant de la boue, en nous appelant à une
perfection identique à la sienne ?
Qu’importe donc les pouvoirs personnels et autres
avantages que nous donne la vie spirituelle si nos
semblables n’en profitent pas ! Ils ne font que nous
séparer d’eux et constituent alors des obstacles
à l’Union. Car c’est ensemble que nous
voulons nous unir à notre Créateur et
c’est pourquoi tant que le dernier des êtres
humains n’aura pas choisi entre l’Amour et le
néant, il ne peut y avoir de repos pour les amis de
Jésus. A l’heure où les idéologies
se radicalisent et où les vérités se
font plus arrogantes, voir le divin chez l’autre est la
clé : parce que l’Amour est partout, il faut
savoir le distinguer là où il est le plus
enfoui ; c’est à force de récolter chez
autrui - dans sa culture, sa religion, sa
créativité - ces petits bouts de ciel bleu que
les conditionnements humains n’ont pas réussi
à faire disparaître que l’humanité
se construira un grand espace fraternel où le soleil
pourra enfin resplendir.
Geoffroi
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