Il
n’y a point de crainte dans l’Amour ; mais
l’Amour parfait bannit la crainte, car la crainte
suppose un châtiment ; celui qui craint n’est pas
parfait dans l’Amour. Nous donc, aimons Dieu, puisque
Dieu nous a aimés le premier. (4,18-19)) Pendant des siècles, l’Ancien Testament a
inculqué à l’homme la crainte de Dieu.
Générations après
générations, insidieusement, il a appris aux
êtres humains à se soumettre à leur
Créateur afin d’éviter sa colère
vengeresse. Puis, Jésus est venu, nous offrant une
tout autre image de Dieu faite de bonté et de
désir : Il nous a proposé de participer
à la Création en nous unissant à notre
Dieu lequel nous est apparu alors comme infiniment proche de
nous, prompt au pardon et non au jugement, humble et
discret, et non autoritaire. Et dans cette image où
certains ont vu de la faiblesse, les assoiffés de
justice ont reconnu l’Amour inconditionnel,
l’Energie du don qui s’écoule en permanence
vers les vivants. Mieux, ils se sont reconnus
eux-mêmes comme aimés et aimants, comblant
enfin en leur cœur les abîmes de la
dualité.
Aujourd’hui cependant, la vision pervertie du Principe
Premier, source de toute Vie, a encore de beaux restes. Car
il n’est pas un seul être humain qui ne voit Dieu
à sa mesure et si, pour son malheur, un individu
préfère condamner son prochain plutôt
que de l’aider à porter le lourd fardeau de son
égarement, il attribuera à Dieu cette
lamentable intention. La Parole de
l’évangéliste est pourtant claire : Dieu
n’a pour nous que de l’Amour et ne connaît
pas le châtiment ; il n’y a donc pas la moindre
raison de le craindre. Entrons plutôt dans son Amour
et profitons de ce qu’Il veut nous donner.
Nous avons beau connaître cette vérité,
la crainte n’en a pourtant pas moins fait sa demeure en
nous. Et si nous ne considérons plus Dieu comme un
despote, savons-nous pour autant distinguer sa trace dans
les méandres de la vie ? Certes, nous ne craignons
plus d’être expédiés en enfer pour
y subir des tourments immérités, mais
d’autres conditionnements nous retiennent prisonniers
de la crainte : la peur de l’avenir, par exemple, la
peur des autres ou, tout simplement, la peur de
nous-mêmes... Ces diverses craintes ont une origine
commune qui est le sentiment d’impuissance face
à notre vie, notre « destin ». En
d’autres termes, nous vivons dans une frustration quasi
totale qui nourrit, en nous, le sentiment de
n’être que des pantins, incapables du moindre
contrôle sur notre vie. De quoi demain sera-t-il fait
? Allons-nous perdre un membre de notre famille ou bien
notre emploi ? Qu’est-ce que les autres pensent de nous
? Nous aiment-ils ou bien souhaitent-ils notre exclusion,
notre disparition ? Veulent-ils nous voler, nous violer ou
nous tuer ? Et nous-mêmes, que souhaitons-nous et que
serions-nous prêts à faire pour l’obtenir
?
Autant de questions, autant de craintes pour celui qui ne
choisit pas d’aimer ce qu’il a, ce qu’il est
et ce que sont les autres. Toutes ces peurs
témoignent de ce que « l’Amour n’est
pas parfait » en nous c’est-à-dire que nous
n’avons pas encore identifié notre « moi
» profond à Dieu, et c’est pourquoi les
tournants qui animent le cours de toute vie humaine nous
semblent tracés par un autre que nous. Pourtant, il
n’en est rien. Nous sommes bien les maîtres de
notre avenir et ne vivons que ce que notre âme a
décidé de vivre, librement. Nos manques, notre
négativité et notre irresponsabilité
nous empêchent d’en prendre conscience en ne nous
laissant voir que l’aspect matériel des choses
et des événements. Mais la Vie est bien autre
chose que ce que nos sens limités en
perçoivent et nous sommes nous-mêmes bien plus
que des individus voués à éviter les
obstacles ou à tendre le dos. Nous portons en nous le
pouvoir créateur de l’Amour dont nous avons la
responsabilité. Libérons-nous de la crainte en
aimant tout et tous et nos yeux s’ouvriront.
Geoffroi
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