Bien-aimés,
aimons-nous les uns les autres, car l’Amour est de
Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et
connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas
connu Dieu, car Dieu est Amour. Il a manifesté son
Amour pour nous en envoyant son Fils unique dans le monde,
afin que nous vivions par lui. (4, 7-9) S’il fallait retenir seulement quelques phrases de
la Première Epître de Saint Jean, ce sont bien
celles-ci : au cours des âges, elles furent une
véritable révélation pour beaucoup de
mystiques et peuvent, encore aujourd’hui, illuminer
celui qui daigne ouvrir son cœur. Ces quelques mots
nous aident à comprendre ce que Jésus a pu
éprouver lorsqu’il exulta, plein de gratitude
envers son Père pour avoir « caché
la vérité aux savants » et
s’être révélé aux
humbles.
Par la suite, la Tradition rapporte que lorsque l’on
demandait à Jean ce qu’il fallait faire pour
avoir la vie éternelle, il répondait
qu’il suffisait d’aimer. « Aimer Dieu et
aimer son prochain autant que soi-même sont les deux
commandements dont dépendent toute la Loi et les
Prophètes », témoigne Matthieu (Mt
22, 37). Jean s’inscrit en droite ligne de cet
enseignement : il ne cesse de nous répéter que
Dieu est Amour et que nous nous unissons à Lui en
aimant, véritable seconde naissance qui transforme
notre être en profondeur.
Aujourd’hui, alors que nous venons de fêter la
venue de Jésus, il est bon de nous attarder à
nouveau sur cette vérité : Dieu est Amour
et désire l’Union avec nous, ni plus ni moins.
Nous le savons et, pourtant, cette réalité
toute simple nous échappe en grande partie.
Pourquoi ? Parce que l’homme s’est
ingénié à la recouvrir d’un fatras
de doctrines qui, au mieux, ne sauraient dire plus que ce
dont les apôtres ont témoigné et, au
pire, finissent par enfouir l’essentiel. A tel point
que lorsque l’on parle d’Amour à certains,
ils s’empressent de dire que notre époque baigne
dans le sentimental et que cela n’a rien à voir
avec la foi chrétienne. A les entendre, la religion
consisterait seulement à suivre aveuglément
l’Eglise, intermédiaire entre Dieu et les
hommes.
La religion se résume peut-être à cela, la spiritualité certainement
pas. Il est trop facile d’éviter de regarder l’Amour en face
en dédaignant ses manifestations humaines. L’Amour que Dieu
a pour ses enfants est, avant tout, un sentiment, un jaillissement
qui provient du cœur : lorsque le Père nous envoie son
Fils unique et que nous le contemplons dans le dénuement de
la crèche, ce n’est pas notre intellect qui réagit mais notre
cœur ; lorsque Jésus s’adresse
à Dieu en l’appelant « Abba », c’est-à-dire papa, c’est encore
son cœur qui parle. Et au quotidien, lorsque nous manifestons
de l’Amour à notre prochain, c’est de notre cœur que provient
l’énergie qui nous motive.
Certes, il ne s’agit pas de sombrer dans des
débordements émotionnels, manifestations
égocentriques. Mais il est temps de témoigner
de l’intime proximité que Dieu propose à
chacun de nous : une union sans réserve qui ne
méprise en rien les expressions de notre
humanité mais les illimite en leur conférant
la permanence qui caractérise tout attribut divin.
Oui, l’union à laquelle Notre Père nous
convie est une union de personne à personne où
notre subjectivité est infiniment souhaitée.
Car Dieu ne veut pas gouverner une masse uniforme de
croyants mais échanger de l’Amour avec des
êtres qu’Il aime dans leur richesse
particulière. Si Dieu s’est fait homme parmi les
hommes, c’est pour que chacun d’entre nous
s’aime dans tout ce qui fait son unicité
jusqu'à chercher en celle-ci le chemin direct au bout
duquel Il l’attend.
Geoffroi
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