A
ceci nous avons connu l’Amour, c’est que
Jésus a donné sa vie pour nous. Nous aussi,
nous devons donner notre vie pour nos frères. Si
quelqu’un possède les biens de ce monde et que,
voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses
entrailles, comment l’Amour de Dieu demeure-t-il en lui
? (3, 16-17) Ce qui fait la richesse de la Première
Epître de Jean, c’est qu’elle est d’une
simplicité extrême parce qu’elle se fonde
aussi bien sur la Parole de Jésus que sur ses actes,
l’ensemble étant indissociable. Ainsi, de nos
jours, il n’est plus temps de discourir sur le contexte
historico-culturel qui prévalait à
l’époque du Christ ni d’accoucher de
nouveaux dogmes : une seule autorité demeure, celle
de l’exemple même de Jésus. Nous avons
là tout ce qu’il nous faut pour être en
mesure d’orienter notre vie selon l’Amour.
Quelle serait en effet la valeur de son enseignement
s’il avait vécu comme ses contemporains ? Nous
serions alors en droit de nous interroger sur la
validité de ses dires. En revanche, dès lors
que nous nous concentrons sincèrement sur son
comportement à l’égard de ses semblables,
nous sommes grandement éclairés sur le sens de
ses paraboles et aptes à en extraire la leçon
d’Amour du prochain qui y figure en permanence.
Jésus-Christ a consacré sa vie à ceux
qu’il aimait c’est-à-dire à toute
l’humanité. Il lui a offert ses derniers
instants qui constituent le summum de sa mission sur ce
plan, mais il lui a aussi donné chaque jour
qu’il a vécu pour lui faire prendre conscience
de ses responsabilités et de son potentiel. Ainsi, il
a semé une graine qui a poussé dans le
cœur des hommes et qui ne cessera jamais de grandir en
puissance et en beauté.
Si nous voulons, nous aussi, évoluer dans
l’Amour, il nous faut donc prendre exemple sur
Jésus et ne pas craindre d’aller aussi loin que
lui dans le don. Certes, il serait vain de nous projeter
dans l’avenir pour savoir si notre fin sera digne de
lui ! Contentons-nous de nous acharner à faire sauter
les verrous de nos conditionnements les uns après les
autres : l’avenir dépend exclusivement de ces
efforts quotidiens accomplis le plus gratuitement
possible.
Ce que nous propose Jésus-Christ, ce n’est pas
de nous plier à une règle extérieure
à nous, une sorte de commandement de Dieu, dans le
style de l’Ancienne Alliance, qui requerrait notre
obéissance aveugle. Non, c’est à une
nouvelle expérience qu’il nous convie : nous
conformer à notre loi intérieure qui demande
à s’exprimer, à se libérer de ses
carcans.
Dans cette loi d’Amour, il est écrit que la
stabilité de notre être, sa joie et son
perfectionnement résultent de son ouverture à
autrui, de sa volonté de donner. Cette loi est comme
une flamme, la flamme de l’Amour de Dieu
présente en nous : elle doit briller toujours plus
fort pour illuminer l’ensemble de notre vie. En
d’autres termes, elle ne doit pas seulement luire dans
des moments précis fixés par des
activités religieuses mais sans cesse, et chaque jour
un peu plus, dans tous nos comportements, tous nos
actes...
Relever un tel défi, celui de notre nature en expansion jusqu'à
l’Union au Divin, ne peut se faire dans l’optique d’obéir à
une injonction divine : cet engagement nécessite notre pleine
lucidité doublée d’une volonté réaffirmée tout au long de ce
que nous pouvons appeler « une quête ». Oui, si nous sommes
incarnés sur ce plan d’existence, ce n’est pas le fait du hasard
mais parce que notre être veut partir en quête de l’Amour. Pour
cela, un seul chemin, celui tracé dès l’origine par Jésus
: donner sa vie à ses semblables, dans toutes les occasions,
grandes et petites.
Geoffroi
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