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De la mort à la Vie


Ne vous étonnez pas, mes frères, si le monde vous hait. Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu'aucun meurtrier n'a la vie éternelle demeurant en lui. (3, 13-15)

En cette fin de siècle particulièrement troublée, cet extrait de la première épître de Jean tombe à point nommé. Aimer son semblable ou le haïr demeure le dilemme le plus banal et, à la fois, le défi le plus difficile à relever. Ce mois-ci, alors que les forces de l'O.T.A.N. découvrent les premiers charniers qui prouvent le meurtre collectif perpétré contre la population albanaise du Kosovo, nous ne pouvons manquer de méditer pour nous-mêmes les paroles de Jean.

Tout d'abord, nous devons noter qu'il n'y a pas d'attitude neutre possible. Soit nous aimons nos semblables, soit nous les haïssons : l'indifférence cache toujours une négativité prête à se manifester si l'occasion se présente. Nous le voyons bien en Yougoslavie, il est impossible d'être indifférents aux témoignages que nous proposent les médias. Imaginons donc ce que cela peut signifier dans le cœur de ceux qui vivent là-bas et qui ont tant souffert : c'est la tempête et, bien souvent, la désolation...

Pour ces êtres comme pour nous, la responsabilité est la même : nous devons aimer ceux qui nous persécutent malgré tout, ce sont les propos mêmes du Christ. Et cela est d'autant plus vital que la souffrance qu'ils nous ont infligée est insupportable. Car de la haine au meurtre, le pas est plus rapidement franchi qu'on ne le croit. Il suffit que la négativité ambiante nous y conditionne et que la folie collective s'empare de nous pour que nous sombrions dans la violence...

La Vie ne nous donne jamais plus que nous ne pouvons supporter. Si les habitants du Kosovo ont vécu de telles atrocités, c'est qu'ils peuvent puiser en eux la force spirituelle qui leur permettra de retrouver la paix intérieure. Souvent, nous sommes impressionnés parce que nous avons une vision trop globale des choses alors que la souffrance est une affaire personnelle et se révèle de façon unique. La Vie donnera à chacun des kosovars, comme à chacun des serbes, l'occasion de dépasser son épreuve : le tout est de vouloir la saisir. Pour cela, il ne faut pas attendre que des occasions se présentent à nous pour manifester aux autres que nous les aimons. Il faut les devancer et les créer grâce à l'énergie inépuisable que nous fournit la présence divine qui vit en nous. C'est elle, la vie éternelle, qui donne sens à chacun de nos actes. Nous ne devons pas l'enfouir en nous mais lui permettre de s'exprimer au grand jour, sans quoi nous finirons par la perdre car nous n'aurons plus le désir d'aimer.

Nous avons un pouvoir créateur véritablement sans limite, utilisons-le pour dépasser les situations les plus douloureuses et, pour cela, soyons toujours prêts à aimer autrui et à lui pardonner par avance le mal qu'il peut nous faire. Les êtres qui n'utilisent pas ce don de Dieu, cette capacité à créer de l'Amour autour d’eux, sont enfermés dans une véritable prison, un état comparable à la mort. Inconsciemment, ils souffrent de ce manque qui constitue en eux une plaie permanente, une infirmité : c'est pourquoi ils détestent ceux qui se sont libérés en aimant leur prochain. Alors, si le monde nous hait parce que nous parlons d'Amour et tâchons d'agir conformément à sa Loi, n'ayons pas de rancune en notre cœur : cette haine traduit un besoin d'Amour perpétuellement inassouvi ; c'est un appel.


Geoffroi Contact  




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