Car
le message que vous avez entendu dès le commencement,
c'est que nous nous aimions les uns les autres ; non point
comme Caïn, qui était du malin et qui tua son
frère. Et pourquoi le tua-t-il ? Parce que ses
œuvres étaient mauvaises, tandis que celles de
son frère étaient justes. (3, 11-12) Ce célèbre extrait de la première
épître de Jean est particulièrement
lumineux en ce qu'il nous montre le lien direct entre nos
actes et la révélation de notre propre nature.
Le débat qui existe au sein du christianisme
« oppose » aujourd'hui les partisans
d'un Dieu qui n'est qu'Amour et les tenants d'un dieu aux
visages multiples et aux attributs qui, finalement,
s'annulent les uns les autres. Les premiers, dont nous
sommes, se fondent autant sur leur communion personnelle
avec Jésus que sur la vie de leur Seigneur et son
offrande universelle sur la Croix, signe de l'Amour absolu
qui se donne éternellement. Les seconds restent
attachés à une vision de la Bible
essentiellement conditionnée par l'Ancien Testament
où l'Amour est très peu présent. Ils
tentent donc de faire valoir une vision dualiste qui
dépeint l'homme comme rigoureusement
séparé de Dieu, toute union avec Lui
étant de ce fait impossible.
Jean, le disciple de l'Amour, n'a jamais partagé
cette vue et ne cesse, dans ses écrits, de nous
montrer l'homme comme un être aimé de Dieu sans
condition, un être libre et responsable. Et c'est dans
ce passage que nous étudions ce mois-ci que cela
apparaît avec le plus d'éclat. Caïn tua
Abel parce que ses actes étaient mauvais. En d'autres
termes, il en vient à tuer son propre frère
parce qu'il avait choisi la négativité tout au
long de sa vie. Personne n'en vient à assassiner
celui qu’il devrait aimer, comme cela, du jour au
lendemain ! C'est un lent processus d'autodestruction de
l'individu lequel, s'éloignant chaque jour un peu
plus de l'Amour, finit par commettre l'irréparable :
c'est ce qui permet alors de constater que cet être
était « du malin », parce qu'il l'avait
laissé prendre possession de lui peu à
peu.
C'est pourquoi nous devons comprendre aussi l'inverse : un
être qui met l'Amour en pratique dans son quotidien
naît de plus en plus à Dieu par ses actes
positifs et ceux-ci lui permettent de se rapprocher de Lui
chaque jour davantage. C'est cela l'Amour de Dieu : avoir
donné à l'être humain la
possibilité de choisir sa destinée par
lui-même sur la base des actes accomplis, des choix
opérés librement et consciemment au cours de
son existence. C'est ainsi que nous naissons de nouveau, que
nous passons de la mort à la vie, parce que nous
aimons les autres et que cela éclaire tout, d'une
façon concrète, palpable.
Voilà pourquoi l'expérience spirituelle et l'exemple parfait
de Jésus-Christ nous permettent
de rejeter tout ce qui pourrait diminuer l'Amour que Dieu a
pour l'homme et, dans le même temps, limiter la liberté de ce
dernier. En Amour, l'être aimé est sacré et l'on veut tout lui
donner : ce sont vers ces vérités simples, que tout amoureux
de la vie a fait sienne dès son adolescence, qu'il faut se tourner
si l'on veut se faire une idée cohérente de Dieu.
Cette vérité de l'Amour, nous la portons en
nous depuis toujours, elle fait partie de notre nature
puisque nous recelons en notre cœur la divine
présence. Jésus vient nous le rappeler en un
moment où nous étions prêts à
l'oublier. Aujourd'hui encore, alors que l'humanité
se prépare à entrer dans une ère
nouvelle, il faut Lui en rendre témoignage à
la face du monde.
Geoffroi
 |
|
|