Quiconque
est né de Dieu ne commet point le
péché, parce que la semence de Dieu demeure en
lui ; et il ne peut pécher, parce qu'il est né
de Dieu. C'est à cela que l'on reconnaît les
enfants de Dieu et les enfants du diable. Quiconque ne
pratique pas la justice n'est pas de Dieu, non plus que
celui qui n'aime pas son frère. (3, 9-10) Depuis que nous étudions la Première
Epître de Jean, nous avons compris la relation qui
existe entre l'homme et Dieu : une histoire d'Amour. Nous
avons aussi compris que l'Amour de Dieu ne saurait avoir de
limites et que seul l'homme est responsable du frein qu'il
met à cette union. Cela constitue son libre arbitre
sans lequel il n'y a pas Amour vrai mais contrainte.
Ce contexte une fois posé, nous pouvons apprécier les paroles
de l'évangéliste à leur juste valeur. La naissance dont Jean
nous parle est notre naissance consciente à Dieu qui s'effectue
sur ce plan d'existence et se concrétise par nos choix, par
notre Amour. Nous sommes tous enfants de Dieu car nous sommes
issus de Lui qui est Tout et nous recelons sa semence en notre
cœur. Mais notre liberté fait que nous pouvons nous séparer
de Lui ou bien choisir le développement de notre Christ
intérieur, notre conscience divine.
Ainsi, pour que la semence de Dieu demeure en nous, il faut
aimer son frère et agir dans l'Amour. Être
né de Dieu, c'est avoir opéré les choix
indispensables qui nous font vivre en véritable
communion avec l'Amour. Être né de Dieu, cela
signifie être tellement uni à Lui que l'on est
perpétuellement ressourcé par Son Amour. Et
comment cela pourrait-il être si nous ne pratiquons
pas l'Amour constamment ? Car si la grâce de Dieu est
infinie, ne pas consacrer notre vie à l'Amour
constitue un refus de Lui, un retour sur soi.
C'est pourquoi Jean nous indique les critères qui
nous permettent de savoir si nous marchons
sincèrement dans la voie de Dieu. Et ces
critères sont la pratique de la justice et l'Amour de
son frère qui forment une seule et même chose :
pratiquer la justice, c'est aimer son frère et aimer
son frère, c'est être né de Dieu. Cette
formulation a pour but de nous faire ressentir combien
l'Amour que nous manifestons aux autres nous unit à
Dieu et combien cette union nous permet de les aimer
davantage en retour. En d'autres termes, notre naissance
à Dieu n'est en rien un acquis originel : elle ne
résulte pas d'un vouloir divin qui perdurerait quels
que soient nos actes. Non, elle est une union qui se
développe en permanence du fait de la nature
même de l'Esprit qui est mouvement. Plus nous aimons,
plus nous sommes aptes à aimer et cette dynamique est
sans fin.
Nous pouvons comparer l'Alliance divine entre Dieu et
l'être humain avec un mariage : le sacrement
institué par l'Amour que se portent les deux
êtres ne constitue pas une garantie. L'union n'est
jamais acquise définitivement ; elle ne peut se
suffire à elle-même mais exige des actes qui la
font s'accroître ou décroître. Il en est
de même dans notre histoire d'Amour avec Dieu : nos
actes la font grandir ou diminuer. Nous nous rapprochons de
Lui ou bien nous nous en éloignons.
A l'origine, il y a bien en nous Sa Présence qui
fonde notre Alliance avec Lui mais qu'en avons-nous fait ?
Avons-nous cherché à lui permettre de grandir
ou l'avons-nous étouffée parce que cela
demandait trop d'humilité à notre ego ? Si
nous sommes inconstants, Dieu ne l'est pas : c'est
aujourd'hui même que nous pouvons répondre
à sa main tendue. Sans quoi, ne nous étonnons
pas si, un jour, nous ne croyons plus à l'Amour parce
que nous-mêmes nous aurons refusé d'en
écrire l'Histoire avec Lui.
Geoffroi
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