Petits
enfants, que personne ne vous séduise. Celui qui
pratique la justice est juste, comme lui même est
juste. Celui qui fait le péché est du diable,
car le diable pèche dès le commencement. C'est
pour détruire les œuvres du diable que le Fils
de Dieu a paru. (3, 7-8) Ne nous laissons pas abuser par des idées
déconnectées de la réalité, des
doctrines qui ne s'enracinent que dans le mental et laissent
le cœur de côté ! L'œuvre de Jean est
toute entière centrée sur cette notion bien
concrète des actes : il leur donne la priorité
absolue dans son discours théologique, nous montrant
ainsi à quel point une croyance – surtout en
Jésus-Christ – non alimentée par des
actes, est une croyance morte ; autrement dit, le fruit
desséché du mental lorsqu'il fonctionne en se
séparant du cœur.
Car les actes qui traduisent chez l'être humain un
authentique sens de la justice proviennent toujours du
cœur, là où demeure notre Christ
intérieur. Agir avec justice, c'est donc bien agir en
suivant la direction indiquée par son cœur :
bref, en avançant sur le chemin même de
Jésus, à ses côtés. Voilà
donc à quoi nous pouvons reconnaître un
véritable disciple de Jésus-Christ, à
ses actes d'Amour en faveur du prochain. Les actes ne
trompent pas tant ils réclament d'efforts et,
parfois, d'abnégation... Tandis que les propos issus
seulement de l'intellect n'engagent à rien.
Ceux qui prétendent qu'il suffit, pour être
sauvé, de croire dur comme fer qu'on obtiendra le
salut à la fin des temps, ceux-là sont
malheureusement dans l'égarement... Leur erreur
provient de ce qu'ils veulent attribuer le mérite du
salut à Dieu seul et rejettent dans l'ombre la part
de responsabilité de l'homme. Ils donnent ainsi
à voir un Dieu sans considération pour sa
créature, sans désir d'Union avec elle. Les
mystiques de toutes les religions ont montré depuis
longtemps qu'il n'en était pas ainsi, au cas
où les écrits de Jean ne suffiraient pas.
Une fois encore, répétons-le, ce genre de
théorie est en pleine contradiction avec l'Amour de
Dieu, lequel est Sa Substance Illimitée ; un Amour
tel qu'Il se donne sur la croix pour que chacun d'entre nous
puisse retrouver le chemin du Père. Un Amour qui ne
nous annonce pas que nous sommes sauvés quoi que nous
fassions mais au contraire qui nous exhorte sans cesse
à progresser courageusement sur la voie ! Et cela,
non pas pour que nous finissions, à force de peine et
de souffrances, par mériter un salut au rabais
dispensé par un dieu narcissique, mais pour que nous
construisions notre devenir, pour que nous procédions
librement à l'édification de notre divine
condition.
Car l'Union au Divin est notre but. Et il ne saurait être question
d'Union dans un couple où l'UN aurait tous les pouvoirs et l'autre
serait condamné à obéir... Le voilà, le diable, celui qui sépare,
comme l'indique son nom : celui qui, insidieusement, souffle
à l'oreille des humains qu'ils ne valent rien, donc qu'ils ne
sont pas aimés de Dieu. Et cet être de néant ne sait que pécher
c'est-à-dire séparer ce qui est uni dès l'origine. Unis, Dieu
et l'être humain le sont au commencement, comme sont unis le
cœur et l'intellect. Et la dynamique produite par cette symbiose
trouve son accomplissement idéal dans le Christ
et en tout être qui met en pratique son enseignement.
C'est avec lui, par lui et avec le concours de toutes les
âmes de bonne volonté que l'Amour triomphera en
comblant la négativité du monde : non pas en
jouant son jeu satanique de destruction et de violence mais,
simplement et courageusement, en mettant de l'Amour
là où il en manque si cruellement.
Geoffroi
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