Celui qui dit être dans la lumière et qui hait son frère,
est encore dans les ténèbres. Celui qui aime son frère, demeure
dans la lumière, et il n’y a en lui aucun sujet de chute. Mais
celui qui hait son frère est dans les ténèbres ; il marche dans
les ténèbres, sans savoir où il va, parce que les ténèbres ont
aveuglé ses yeux. (2, 9-11)
Comme à l’époque où Jean a écrit sa première épître, nous connaissons
tous des frères qui se disent » et qui jonglent allègrement
avec les versets bibliques. Ces êtres ont l’art d’impressionner
mais questionnez-les, vous verrez que leurs fruits sont mauvais.
Ils vous servent des pans entiers de la Bible pour vous pousser
à la conversion, dans un esprit soi-disant fraternel.
En réalité, leur obsession est que les autres les rejoignent
dans leur erreur parce qu’ils manquent profondément de confiance
en eux. Les ténèbres les aveuglent. Ils ignorent où ils vont
car leur approche de la spiritualité est principalement mentale.
Leur interprétation de l’Ecriture ne laisse aucune place à leur
vie intérieure car le coeur est absent de leur exégèse. Aussi
n’hésitent-ils pas à livrer au monde leur vision d’un Dieu tyrannique.
Ils ignorent tout de l’Amour parce qu’ils lui ont fermé la porte
depuis longtemps.
Remercions-les pourtant : leur aveuglement est un merveilleux
stimulant pour nous engager davantage à la suite de Jésus. Ils
nous obligent en effet à choisir notre camp : à donner dans
notre vie toute la priorité à l’Amour du Prochain. Cela commence
d’ailleurs par prier pour eux et les aimer en se gardant bien
de les juger : le Père donne son Amour à tous sans distinction
et c’est nous qui l’absorbons, au compte-gouttes ou à grandes
rasades.
Oui, alors qu’au sein même de l’Ecriture, il demeure des zones
d’obscurité, seul l’Amour véritable permet d’y voir clair et
d’avancer. Beaucoup de gens se laissent encore entraîner à croire
que ce qui est déclaré comme saint par la Tradition est la pure
parole de Dieu. La vie leur oppose un démenti formel. Si Notre
Père avait voulu nous imposer une direction à suivre, Il l’aurait
fait bien autrement, sans nous laisser le moindre choix. Or,
il n’en est rien. Car il y a plus grand que le Livre. Il y a
Jésus-Christ, le Messie crucifié
qui nous montre la porte étroite sans nous y pousser de force
: l’Amour de notre frère jusqu’au don de notre propre vie.
La Lumière de Jésus en croix éclaire notre lecture de son enseignement,
mettant en relief ce qui est issu authentiquement de l’Amour
divin et rejetant dans l’ombre ce qui vient des conditionnements
des hommes. Comment en effet concilier la réalité du Dieu vivant
qui offre sa souffrance à l’humanité pour la sauver avec la
vision fantasmatique d’un Etre suprême qui veut contraindre
les hommes à l’adorer ? Cela est incohérent et c’est pourquoi
les promoteurs de cette illusion sont si prompts à condamner
leur prochain : leur religion se réduit à un ensemble de croyances
et de rituels déconnectés de la Vie.
Nous ne pouvons les suivre dans cette voie car le simple Amour
de l’autre nous conduit, en priorité, à la connaissance intérieure,
libre et personnelle, de Dieu-Amour. C’est seulement une fois
que les actes essentiels de sa vie ont été orientés vers l’Amour
que l’individu se rend apte à distinguer ce qui l’élève de ce
qui l’abaisse, à choisir entre un testament annonciateur de
mort et la Bonne Nouvelle de la Vie.
Car Notre Père n’attend pas que nous suivions aveuglément les
préceptes d’un code de bonne conduite mais que nous inscrivions
nous-mêmes, librement, notre nom dans le Grand Livre de l’Amour.
Geoffroi
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