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Le crime et le
châtiment
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De Khalil Gibran
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(...) Souvent je vous
ai entendu parler de celui qui a commis une faute comme s'il
n'était pas l'un de vous, mais un étranger parmi vous et un
intrus dans votre monde.
Mais je vous le dis, de même que le saint et le juste ne peuvent
s'élever au-dessus de ce qu'il y a de plus élevé en chacun d'entre
nous,
De même, le malin et le faible ne peuvent sombrer aussi bas
que ce qu'il y a aussi en nous de plus vil.
Et de même qu'une seule feuille ne jaunit qu'avec l'assentiment
silencieux de l'arbre tout entier,
Le fautif ne peut commettre de fautes sans la volonté secrète
de vous tous.
Comme une procession, vous marchez ensemble vers votre moi-divin.
Vous êtes le chemin et les voyageurs.
Et lorsque l'un de vous chute, il chute pour ceux qui sont derrière
lui, les prévenant de la pierre qui l'a fait trébucher.
Oui, et il tombe pour ceux qui sont devant lui qui, bien qu'ayant
le pied plus agile et plus sûr, n'ont cependant pas écarté la
pierre.
Et ceci encore, dussent ces mots peser lourdement sur vos cœurs
:
Le meurtre n'est pas inexplicable pour celui qui en est la victime.
Et celui qui a été dérobé n'est pas irréprochable d'avoir été
volé.
Et le juste n'est pas innocent des méfaits du méchant,
Et celui dont les mains sont pures n'est pas intact des actes
du félon.
Oui, le coupable est souvent la victime de celui qu'il a blessé.
Et plus souvent encore, le condamné porte le fardeau de l'innocent
et de l'irréprochable. Vous ne pouvez séparer le juste de l'injuste
et le coupable de l'innocent ;
Car ils se tiennent unis devant la face du soleil, comme le
fil noir et blanc tissés ensemble.
Et quand le fil noir rompt, le tisserand examine le tissu tout
entier, ainsi que son métier.
Si l'un d'entre vous mène devant le juge la femme infidèle,
Qu'il mette aussi en balance le cœur de son mari, et mesure
son âme avec circonspection.
Et que celui qui voudrait fouetter l'offenseur, considère l'âme
de celui qui est offensé.
Si l'un de vous punit au nom de la droiture et plante sa hache
dans l'arbre tordu, qu'il en regarde les racines ;
Et en vérité, il trouvera les racines du bien et du mal, du
fécond et du stérile, entremêlées ensemble dans le cœur silencieux
de la terre.
Et vous, juges qui voulez être justes.
Quel jugement prononcez-vous à l'encontre de celui qui, bien
qu'honnête en sa chair est voleur en esprit ?
Quelle sanction imposez-vous à celui qui tue dans la chair alors
que son propre esprit a été tué ?
Et comment poursuivez-vous celui qui dans ses actes trompe et
oppresse,
Mais qui est lui-même affligé et outragé ?
Et comment punirez-vous ceux pour qui le remords est déjà plus
grand que leurs méfaits ?
Le remords n'est-il pas la justice rendue par cette loi même
que vous voulez servir ? Cependant, vous ne pouvez pas infliger
le remords à l'innocent ni en libérer le cœur du coupable.
Inconsciemment il appellera dans la nuit, afin que les hommes
se réveillent et se considèrent. Et vous qui voulez comprendre
la justice, comment le ferez-vous sans regarder toutes choses
en pleine lumière ?
Alors seulement vous saurez que l'homme droit et le déchu sont
un seul homme debout dans le crépuscule, entre la nuit de son
moi-nain et le jour de son moi-divin.
Et que la clef de voûte du temple n'est pas plus haute que la
pierre la plus profonde de ses fondations.
Tiré
du livre Le Prophète de Khalil Gibran,
ed.Folio
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Pascale
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