Le
Bien et le mal
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De Khalil Gibran
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(…) Du bien en vous je puis parler, mais non de ce qui est
mal.
(…) Vous êtes bon quand vous êtes unis avec vous-même.
Pourtant, vous n'êtes pas mauvais quand vous n'êtes pas uni
avec vous-même.
Car une maison divisée n'est pas un repaire de voleurs, elle
n'est qu'une maison divisée.
Et un navire sans gouvernail peut dériver sans but près d'îles
dangereuses, mais ne pas sombrer.
Vous êtes bon quand vous vous efforcez de donner de vous-même.
Pourtant, vous n'êtes pas mauvais quand vous cherchez le profit
pour vous-même.
Car quand vous cherchez le profit vous n'êtes qu'une racine
qui s'agrippe à la terre et tête à son sein.
Certainement, le fruit ne peut dire à la racine, "Soit à mon
image, plein et mûr et toujours généreux de ton abondance".
Car pour le fruit, donner est une nécessité, et recevoir est
une nécessité pour la racine. Vous êtes bon quand vous êtes
pleinement conscients dans votre parole.
Pourtant, vous n'êtes point mauvais quand vous êtes endormi
alors que votre langue titube sans but.
Et même un discours chancelant peut fortifier une langue faible.
Vous êtes bon quand vous marchez vers votre but fermement et
d'un pas hardi.
Pourtant, vous n'êtes point mauvais quand vous y allez en boitant.
Même celui qui boite ne va pas à reculons.
Mais vous qui êtes forts et rapides, veillez à ne pas boiter
devant les estropiés en croyant être gentil.
Vous êtes bon d'innombrables manières et vous n'êtes point mauvais
quand vous n'êtes pas bon.
Vous ne faites que musarder et paresser.
Quel malheur que les cerfs ne puissent donner leur promptitude
aux tortues.
Votre bonté réside dans votre aspiration envers votre moi-géant
: et cette aspiration existe en vous tous.
Mais en certain d'entre vous, cette aspiration est un torrent
qui se rue puissamment vers la mer, emportant les secrets des
coteaux et les chants de la forêt.
Et en d'autres, elle est un ruisseau paisible qui se perd en
méandres et en détours et s'attarde avant d'atteindre le rivage.
Mais que ceux chez qui l'aspiration brûle ne disent pas à ceux
chez qui elle est faible, "Pourquoi es-tu lent et hésitant ?".
Car celui qui est vraiment bon ne demande pas à celui qui est
nu, "Où sont tes vêtements ?", ni au sans logis, "Qu'est devenue
ta maison ?" .
Tiré
du livre Le Prophète de Khalil Gibran,
ed.Folio
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Pascale
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