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***Salut,
***Je suis AEL MAT et je vais vous
raconter l'histoire d'une famille. Tout commence en 1996. Le
papa s'appelle Frédéric, il a 34 ans. Il est marié avec Christine
qui elle en a 32, mais ne les fait pas du tout, c'est la plus
belle fille de la région, on dirait une vedette de cinéma. Ils
ont une p'tite fille de 5 ans qui s'appelle Tiphaine qui fait
la joie de ses parents. Ils vivent dans une petite ville quelque
part en France. Il y a plein de fleurs sur le balcon de leur
maison.
Christine a une bonne situation, elle est… fonctionnaire.
Le bonheur, quoi !
Non pas tout à fait, puisque pour Frédéric c'est très compliqué
depuis quelques temps, il travaille avec des copains depuis
14 ans dans une petite société où il imprime des cartes de visite,
des publicités, des trucs comme ça, quoi, il se sent bien. Mais
malheureusement, le patron perd beaucoup trop d'argent, de clients.
Alors, Frédéric doit partir travailler à l'usine chez la concurrence.
Voilà le début de ses problèmes, il "ne l'aime pas" son nouveau
boulot ! Cela lui fait peur de travailler toute sa vie dans
une fourmilière. Alors il déprime, il est fatigué …
En plus de cela, un jour d'automne 1996, il apprend que sa maman
est malade, qu'elle va mourir, il ne veut plus rien entendre,
il en a marre.
Un matin, un collègue le retrouve par terre devant la machine,
il respire mal, le patron lui dit de rentrer à la maison. Pendant
plusieurs semaines encore, il continue de tomber souvent (je
l'ai vu avec des plâtres et des bosses un peu partout.)
Quand on lui annonce que sa maman est "partie" dans la nuit
du nouvel an 1997, il a d'énormes regrets, il aurait voulu lui
parler plus mais maintenant c'est trop tard.
Alors depuis il reste chez lui, car il est trop malade pour
travailler.
On le met à l'hôpital une première fois pour soigner une entorse
du poignet qui est très gonflée… Mais comme les chutes continuent,
il y reste trois mois. Au début, Frédéric est soulagé et rassuré
de se retrouver dans cette chambre, il se sent à l'abri, loin
de ses problèmes. Au bout d'un moment il étouffe dans ces "quatre
murs" mais redoute en même temps le moment où le médecin lui
dira de rentrer chez lui.
Durant tout ce temps, personne ne peut expliquer ce qui arrive,
pas plus lui que les médecins.
Un jour, un docteur lance le mot EPILEPSIE, mais pour finalement
lui dire que c'est peut être parce qu'il est triste qu'il tombe,
il lui demande s'il ne se sentirait pas mieux s'il en parlait
à un psy, il lui répond « d'accord ».
Pendant qu'il est hospitalisé, il voit souvent ce psy qui lui
dit qu'en effet il est très mal et que c'est mieux pour lui
qu'il aille dans une maison de repos pour des gens comme lui.
Mais Frédéric, quand il est là bas, il veut tout de suite en
ressortir, il a peur, très peur d'être aussi malade que les
gens "bizarres" qu'il voit.
Bon… Il rentre vite chez lui, mais je le vois souvent comme
"absent de son corps", il parle mal, dit des choses étranges,
marche "drôlement". Au début j'ai cru qu'il revenait du café
de la gare ou bien qu'il était somnambule en plein jour. Mais
non, ce n'est pas ça, en plus cela dure très longtemps, très
très longtemps … plusieurs jours, des fois.
Le "psy" qu'il voit souvent, pense que les chutes et les blessures,
c'est fait exprès, il appelle ça de "l'automutilation", il dit
que Frédéric est vraiment très malade, mais lui quand il apprend
ça, il a très peur car il savait bien qu'il était triste mais
pas à ce point. Puisque c'est la seule explication qu'on lui
donne, Frédéric finit par dire « pourquoi pas ».
Christine et lui sont pendant tout ce temps vraiment terrifiés
à l'idée qu'un jour… toutes ces absences deviennent permanentes,
ils sont effrayés par la folie, ils parlent souvent entre eux
de tout ce qui arrive. Les mois passent et il fait toujours
beaucoup de chutes et d'absences. Il retourne donc à l'hôpital,
pour faire beaucoup d'examens, on lui colle des trucs sur la
tête, on le fait passer dans un gros tunnel pour voir l'intérieur
de son cerveau.
Le médecin voit sur la radio un gros machin noir, il dit qu'il
croit que c'est une tumeur, mais il faut attendre 15 jours pour
vraiment savoir car l'autre tunnel "IRM" n'est pas libre.
Christine est très inquiète. Frédéric lui, il se prépare au
pire car il se voit déjà mort, il ne sait même plus comment
il s'appelle.
Finalement on lui dit qu'il n'y a rien du tout, que le gros
machin noir il faut l'oublier. Il a juste une "comitialité associée
à une sévère dépression". Le neurologue demande à Frédéric de
raconter les "crises", mais ne comprend pas qu'il ne peut rien
lui dire, puisque quand il se réveille, il ne se souvient de
rien. Le docteur lui donne tout de même des médicaments " anti-épileptiques
" et lui dit de rentrer chez lui.
Depuis qu'il prend des médicaments, il n'a plus de globules
blanches ou rouges, non je crois que c'est trop de gamma… en
tout cas, son sang n'est plus bon, il a maintenant en plus une
maladie au foie.
Enfin, les médicaments n'ont pas l'air super-top, il est souvent
très mal (jusqu'à plusieurs crises par semaine), je l'entends
souvent dire à Christine qu'il a de plus en plus peur de sortir
de chez lui.
En mars 1998, il repart pour l'hôpital, toujours le même, et
voit de nouveau le neurologue, mais cette fois il lui dit que
ce n'est plus de l'épilepsie. Il arrête donc tous les médicaments.
Alors là, rien ne va plus. Christine et Frédéric se demandent
comment on peut changer autant de fois d'avis (peut-être, oui,
non…) ils pensent qu'il doit être normand. Quand faut-il le
croire, quand il dit blanc ou quand il dit noir ?
Christine qui est très courageuse, pleure quand même beaucoup,
elle a de nouveau très peur pour Frédéric mais elle doit aussi
s'occuper de Tiphaine. Frédéric, quant à lui est anéanti et
complètement dépassé par les évènements, il est "à la ramasse".
Depuis qu'il n'a plus de comprimés, en plus des absences, il
a aussi des moments où il tombe, fait des gestes dans tous les
sens… il lui arrive même de faire pipi.
Un jour d'août 1998, Cécile une bonne copine de Christine lui
dit « il ne faut pas le laisser comme ça, il faut
aller à Paris dans un autre hôpital ». Elle a raison
car là-bas ils tombent sur un neurologue "vachement balaise".
Lui, il connaît les absences, cela a un nom : "crises partielles
complexes avec activité automatique" il explique aussi toutes
les autres choses qui arrivent à Frédéric. Ce qui est super,
c'est qu'il regarde les examens et surtout qu'il écoute Christine
quand elle lui décrit ce qu'elle voit quand Frédéric n'est pas
bien.
Christine et Frédéric sont très heureux de savoir ce que c'est…
Même si c'est de l'épilepsie, en tout cas ce n'est pas de la
folie. Ils sont même soulagés !
A partir de là, le neurologue essaie plein de traitements différents,
mais c'est pénible avec Frédéric car ça ne marche jamais, il
fait toujours beaucoup de crises et il a plein d'effets secondaires.
Un coup il a des problèmes aux yeux, une fois il a des "cailloux"
dans les reins… il a même un médicament qui lui donne encore
plus de crises, il n'est pas simple, le Frédéric.
A part cela, les crises ne diminuent pas, mais tout de même,
je ne le vois plus " déambuler " comme il le faisait avant.
S'il est moins "cabossé", c'est qu'il ressent maintenant quand
il va être malade (il dit qu'il a un drôle de goût dans la bouche,
que ses joues se paralysent). Par contre il est tout le temps
très fatigué (c'est aussi pour ça que les médecins ne veulent
plus qu'il travaille), Il a du mal à admettre qu'à son âge,
sa vie devrait se résumer à une paire de chaussons, un fauteuil
et une tasse de camomille.
Comme si cela ne suffisait pas, toutes les crises partent d'un
endroit du cerveau… je ne m'en souviens plus, c'est un animal
bizarre dans la mer… ah oui, c'est l'hippocampe. Ça lui "pourrit"
encore un peu plus la vie car il perd la mémoire et il a aussi
le cerveau lent.
Je l'entends souvent piquer de grosses colères parce qu'on lui
coupe la parole et qu'après il ne sait plus ce qu'il voulait
dire. Pour lui éviter d'aller chercher Tiphaine alors qu'elle
mange à la cantine, et se souvenir des absences de Christine
pour stages, la maison est recouverte de "pense-bête". On lui
fait passer des tests (une véritable torture faite par de gentils
sadiques) pour connaître exactement les dégâts. Comme ils sont
très importants, il va chez un orthophoniste deux fois par semaine
pour arriver à mieux se souvenir, s'organiser.
Aujourd'hui en 2002, je sais que c'est difficile pour Frédéric,
je le vois bien, il fait toujours beaucoup de crises. Il culpabilise
devant toutes les souffrances infligées à sa famille. Il regrette
aussi en voyant les photos de Tiphaine de ne pas l'avoir vu
grandir… Elle a 11 ans maintenant, et quelquefois elle veille
sur son papa et sait lui dire « va te coucher, sois
prudent » quand il a sa tête des mauvais jours.
Des fois il est angoissé, il est triste, il a peur de l'avenir
et alors il pleure… mais pas souvent. Il essaie surtout d'apprécier
chaque instant de bonheur et de le partager avec Christine et
Tiphaine.
Il trouve que c'est important de ne pas se renfermer, d'aller
toujours au contact des autres. Alors cela lui donne le courage
de continuer et de faire des trucs que moi je trouve, incroyables.
Il est bénévole dans une école où il anime un atelier informatique.
Il a aussi fait un site Internet où il témoigne de sa maladie.
C'est sa façon à lui de se sentir utile et de ne pas rester
au bord de la route.
Ben voilà, c'est ce que je sais de leur vie depuis 6 ans, il
doit y avoir bien d'autres galères, mais ce que je peux dire
aujourd'hui, c'est qu'ils s'aiment de plus en plus, malgré la
maladie… ou plutôt je préfère dire… grâce à la maladie, il faut
quand même lui reconnaître quelques mérites à cette vilaine.
C'est rudement important pour moi d'avoir écrit cette lettre.
Frédéric, c'est un gars super, il l'était avant la maladie,
il l'est toujours aujourd'hui et les gens qui disent que les
épileptiques ne sont pas des gens "normaux" c'est rien que des
"méchants"… poils aux dents et des "pas beaux"… poils au dos
!
Au fait, Je me présente un petit peu plus, AEL MAT veut dire
ange gardien en Breton et je suis le petit "Korrigan" qui veille
sur Christine, Frédéric et Tiphaine, je suis sûr que quelquefois
ils m'entendent les encourager.
Frédéric TRIBOUILLOY
>> Le
site de Frédéric où on peut lire d'autres
témoignages sur l'épilepsie.
Si vous désirez témoigner vous aussi sur l'épilepsie,
ce site joliment réalisé vous est grand ouvert
!
Vous pourrez y laisser un message, un poème et même
des dessins.
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