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Celui de Sylviane sur le pardon (2e partie)


On parle, en psychologie Jungienne, d'ombre et de lumière. Nous sommes tous faits de zones d'ombre et de zones de lumière. Pour amener l'ombre à la lumière, il faut d'abord la reconnaître puis l'accepter et enfin l'intégrer comme faisant partie de vous. On pourrait dire aussi, en quelque sorte, “aimer” même ses zones d'ombre... L'on dit aussi qu'avant d'essayer de régler les conflits extérieurs, il faut se pencher sur ses propres conflits intérieurs. Si l’on n'a pas la paix en soi, comment prétendre la transporter à l'extérieur ? Car ainsi se manifeste cette grande loi universelle qui veut que ce qui se passe à l'intérieur, se passe à l'extérieur.

En fait, je ne suis pas sûre qu'on n'en ait jamais terminé avec ce type de travail car au fur et à mesure que des zones sont amenées à la lumière, d'autres naissent dans l'ombre. Peut-être pouvons-nous néanmoins espérer qu'avec le temps et le processus d'évolution, il y ait de moins en moins de zones d'ombre.

Pour revenir à “se pardonner à soi-même”, je pense aussi à un sentiment incontournable qui est le “sentiment de culpabilité”. Si ce sentiment a parfois une grande utilité, je trouve néanmoins que l'église y a trop souvent fait appel. Ainsi au lieu d'être libérateur : reconnaître son ombre et chercher à la transformer, le sentiment de culpabilité devenait, au contraire, emprisonnant.

Enfin, je suis toujours impressionnée désagréablement par le fait que des peuples puissent s’en vouloir génération après génération et ce, de façon collective. En psychologie, il y a un domaine qui s’appelle la “psychogénéalogie” qui consiste à faire un travail de recherche sur sa généalogie personnelle (aussi loin que l’on puisse remonter), à recueillir un maximum de renseignements et à comprendre ce qui s’est passé de génération en génération, ce qui a été transmis, aussi bien dans le “dit” que dans le “non-dit”, les répétitions etc. Puis de faire un travail d’intégration et d’acceptation et de voir ensuite, dans ce qui a été transmis, ce que l’on veut garder comme étant ses valeurs personnelles et ce que l’on rejette comme ne faisant pas partie de sa vie.

Pour conclure, j’aimerais rajouter que, pour moi, le processus de pardon prend forcément UN temps (1 heure, 1 mois, 1 an ou beaucoup plus) et en cela il suit un processus et un cheminement intérieur. Et c’est cette absence de cheminement intérieur qui conduit la plupart des catastrophes humaines de ce monde. Ainsi, par exemple, pour un pays, le “mal” c’est l’autre : le noir, le juif, le tzigane, le bosniaque, le tutsi ou que sais-je encore... dès que l’on n’a pas reconnu en soi notre propre dimension de “manque”, de “souffrance”, ou génériquement de “mal” (cette ombre que nous ne voulons pas voir), on le projette aussitôt à l’extérieur. Evidemment, officiellement tous ces conflits sont étayés par de formidables arguments rationnels d’ordre biologique, économique ou stratégique. Mais profondément qu’en est-il ?

“Aïe, mes aïeux” de Anne Ancelin-Schutzenberger aux éditions Desclée de Brouwer



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