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Celui de Sylviane sur le pardon


A propos de votre appel à témoignage concernant le pardon, je peux seulement dire qu'en ce qui me concerne, le pardon est très lié à la compréhension. C'est-à-dire lorsque j'ai la possibilité de comprendre ce qui a motivé un acte, une parole. Ou encore, si j'ai la possibilité de comprendre pourquoi j'ai été si blessée par cette parole ou cet acte, alors le pardon peut faire son chemin. Je pense d'ailleurs à cette phrase du Christ : « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu'ils font... ». En même temps, j'imagine que cela doit être encore plus dur de pardonner quand on ne comprend pas.

Le pardon ne s'adresse d'ailleurs pas qu'à l'autre ; on est parfois amené à se pardonner à soi-même ou à vivre cette demande de pardon dans l'intimité de la prière.

D'un point de vue psychologique, on dit que si vous ne vous aimez pas vous-même, vous ne pouvez pas aimer les autres. « Aime ton prochain comme toi-même » est une phrase simple mais pourtant je la trouve primordiale.

Le pardon est, selon moi, une puissante forme de libération car, en vouloir à un être, c'est continuer à lui rester attaché malgré soi. Par contre, je n'ai aucune “recette” à ce sujet et continue à trouver que ce n'est pas toujours très facile. De plus, peut-on vraiment comparer les situations car il y a des offenses bénignes et des offenses énormes ?

Pour revenir à votre question, en tant qu'enfant, bien sûr, il m'est arrivé de ne pas comprendre le mal qui m'avait été fait. Plus je grandissais, plus cette capacité à comprendre grandissait elle aussi. Cette capacité est faite de beaucoup d'autres capacités comme celle de se mettre à la place de l'autre (l'empathie), la capacité de voir au delà des apparences, le sens de l’analyse etc. Cependant, même l'enfant a besoin de trouver des raisons à ce “mal”. Par exemple, avez-vous remarqué comme un enfant, maltraité par ses parents, leur trouve sans arrêt des excuses ? Il va même plus loin puisqu'il justifie la maltraitance de ses parents comme étant le résultat logique de son comportement à lui : c'est lui qui est “méchant”, “mauvais”, c'est donc normal que ses parents agissent ainsi. Il serait plus terrible pour lui de se dire que ses parents sont “mauvais” car ce serait remettre en question toute la cohérence de son univers qui repose sur la toute puissance de ses parents qui sont, en quelque sorte, “sacrés” pour lui.

C'est un privilège de l'adulte que de percevoir la motivation d'une personne, son cheminement etc. C'est par le biais d'un travail intérieur important que j'ai pu ainsi comprendre bien des motivations de personnages de mon enfance qui, à l'époque, m'étaient totalement inconnues (du moins consciemment). Mais être adulte n'est pas si évident et courant. On l'est “parfois”, “jamais” ou “de temps en temps”, mais rarement “tout le temps”.

Enfin, le véritable pardon est, selon moi, un processus complètement intérieur, et en tant que tel, il ne peut être exigé ou imposé par une personne extérieure. En tant que processus intérieur, il suit son cours, ce qui peut parfois demander beaucoup de temps et conduit à plusieurs phases jusqu'à “éclosion” réelle du pardon.

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